Illustration symbolique du potentiel de lithium dans les saumures du Chott El-Jérid, en Tunisie, et des perspectives de transition énergétique.
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Alors que la compétition mondiale pour l’accès aux minerais critiques s’intensifie, la Tunisie pourrait disposer d’un atout jusqu’ici largement sous-estimé. Une étude scientifique publiée dans la revue Lithium enrichment in a hypersaline brine: A genetic model and resource assessment for Chott El Jerid, Tunisia évoque un potentiel de l’ordre de 142 500 tonnes de lithium dans les saumures du Chott El-Jérid, dans le sud tunisien.

Ce métal, devenu indispensable à la fabrication des batteries électriques, des systèmes de stockage d’énergie et de nombreux équipements électroniques, est aujourd’hui considéré comme l’une des ressources stratégiques les plus convoitées de la transition énergétique mondiale.

L’étude, menée par les chercheurs Hassan Khlissa, Elhoucine Essefi et Bart Van der Bruggen, souligne cependant qu’il s’agit d’une estimation de ressource potentielle et non de réserves économiquement exploitables déjà confirmées. Des travaux complémentaires restent nécessaires pour déterminer les conditions techniques, économiques et environnementales d’une éventuelle exploitation.

Un changement de dimension pour la Tunisie

Au-delà du simple intérêt minier, l’enjeu est avant tout stratégique.

Le lithium est aujourd’hui au cœur des nouvelles chaînes de valeur mondiales. Les grandes puissances industrielles se livrent une compétition croissante pour sécuriser leurs approvisionnements en minerais critiques, considérés comme la colonne vertébrale de la transition énergétique et numérique.

Dans ce contexte, la présence d’une ressource potentielle de lithium en Tunisie pourrait modifier profondément la perception du pays sur la carte géoéconomique méditerranéenne.

La Tunisie ne serait plus uniquement un territoire de transit ou une plateforme industrielle à faible coût, mais pourrait devenir un acteur disposant d’une matière première stratégique recherchée par les fabricants de batteries, les constructeurs automobiles et les industries du stockage énergétique.

Bien plus qu’une ressource minière

L’intérêt d’un tel gisement ne réside pas uniquement dans l’exportation de la matière première.

La véritable valeur économique se situerait dans la capacité du pays à bâtir une chaîne de valeur locale autour des technologies liées à l’énergie :

  • raffinage et transformation du lithium ;
  • fabrication de composants pour batteries ;
  • recherche sur le stockage énergétique ;
  • développement de pôles industriels spécialisés ;
  • attractivité pour les investisseurs internationaux engagés dans la transition énergétique.

Une telle vision pourrait permettre à la Tunisie de passer du statut de fournisseur potentiel de ressources à celui de territoire producteur de technologies à forte valeur ajoutée.

«La Tunisie ne serait plus uniquement un territoire de transit ou une plateforme industrielle à faible coût, mais pourrait devenir un acteur disposant d’une matière première stratégique recherchée par les fabricants de batteries.»

Un nouvel outil d’influence géopolitique

L’histoire récente montre que les pays détenteurs de ressources critiques disposent souvent d’un levier supplémentaire dans leurs relations économiques internationales.

À l’heure où l’Union européenne cherche à réduire sa dépendance aux fournisseurs asiatiques et à sécuriser ses approvisionnements en minerais critiques, une ressource tunisienne confirmée pourrait renforcer le poids du pays dans son dialogue avec ses partenaires européens et méditerranéens.

Cette perspective ouvre également la voie à de nouveaux partenariats industriels, scientifiques et technologiques autour de l’exploration, de l’extraction responsable et du traitement des minerais stratégiques.

Le défi environnemental, condition indispensable de la réussite

L’opportunité ne pourra toutefois se concrétiser qu’à une condition essentielle : préserver les équilibres environnementaux.

Le Chott El-Jérid est un écosystème fragile situé dans une région déjà confrontée à un stress hydrique important. Toute perspective d’exploitation devra démontrer sa viabilité économique mais aussi sa compatibilité avec les impératifs de préservation des ressources en eau et des équilibres écologiques locaux.

Les chercheurs eux-mêmes rappellent que la faisabilité de l’extraction reste à démontrer et fait actuellement l’objet de travaux complémentaires.

«Le véritable enjeu n’est peut-être pas seulement de savoir si le sous-sol tunisien contient du lithium, mais si le pays saura transformer cette ressource potentielle en levier durable de développement.»

Une fenêtre stratégique à ne pas manquer

Même si le potentiel identifié doit encore être confirmé, cette découverte place la question des minerais critiques au cœur du débat sur l’avenir économique tunisien.

À l’heure où le monde redessine ses chaînes d’approvisionnement autour des ressources nécessaires à la transition énergétique, la Tunisie dispose peut-être d’une occasion rare de renforcer sa souveraineté économique, d’attirer des investissements industriels de nouvelle génération et de consolider sa place dans les équilibres géostratégiques régionaux.

Le véritable enjeu n’est peut-être pas seulement de savoir si le sous-sol tunisien contient du lithium, mais si le pays saura transformer cette ressource potentielle en levier durable de développement, d’innovation et d’influence.

Amel BELHADJ ALI

EN BREF

  • Potentiel identifié : Une étude scientifique évalue à 142 500 tonnes le potentiel en lithium des saumures du Chott El-Jérid, dans le sud tunisien.
  • Enjeu de souveraineté : Ce gisement positionne la Tunisie au cœur de la carte géoéconomique des minerais critiques indispensables à la transition énergétique.
  • Chaîne de valeur locale : L’objectif stratégique dépasse l’exportation brute pour cibler le raffinage, la fabrication de composants et la recherche.
  • Impératif écologique : L’exploitation potentielle devra impérativement composer avec la fragilité de l’écosystème du Chott El-Jérid et le stress hydrique régional.
  • Partenariats internationaux : Une opportunité majeure pour renforcer le dialogue géoéconomique avec l’Union européenne en quête de sécurisation de ses approvisionnements.

Sources