La présidence de la Chambre des représentants libyenne a accepté en principe, jeudi 22 octobre 2026, la démission de Naji Issa et désigné Fawzi Musbah Abukhzam pour assurer l’intérim. La décision fait apparaître des positions contradictoires au sein du Haut Conseil d’État, alors que la banque centrale reste essentielle à la gestion des recettes pétrolières, des devises et des paiements publics.
La Libye fait face à une nouvelle crise de gouvernance monétaire. Deux ans après le compromis qui avait permis de nommer Naji Issa à la tête de la Banque centrale, la question de sa succession ravive les divergences institutionnelles entre les autorités du pays.
Selon Reuters, la présidence de la Chambre des représentants, installée dans l’Est, a accepté la démission du gouverneur dans son principe et chargé Fawzi Musbah Abukhzam, membre du conseil d’administration de la Banque centrale, d’assurer provisoirement ses fonctions.
Cette décision n’est cependant pas définitive. La question doit encore être soumise à la Chambre lors d’une prochaine séance, dont la date n’a pas été précisée.
Une succession qui divise jusqu’au Haut Conseil d’État
La nouvelle divergence ne se résume pas à une opposition entre l’Est et l’Ouest libyens.
Naji Mukhtar Ali, premier vice-président du Haut Conseil d’État, a rejeté l’initiative de la Chambre des représentants, qu’il considère comme une mesure unilatérale. Il a demandé à Naji Issa de continuer à exercer ses fonctions.
À l’inverse, Mohamed Takala, président du même Conseil, a demandé à Fawzi Musbah Abukhzam d’assurer l’intérim jusqu’à un accord sur la désignation d’un gouverneur permanent, selon une correspondance consultée par Reuters.
Cette contradiction complique la lecture institutionnelle de la transition. Elle soulève notamment une question déterminante pour la Banque centrale : quelle autorité pourra exercer les responsabilités du gouverneur et faire reconnaître ses décisions ?
Le compromis de 2024 de nouveau fragilisé
La nomination de Naji Issa, à l’automne 2024, avait permis de dépasser une précédente crise de direction de la Banque centrale. Le compromis négocié entre les deux institutions, avec la médiation des Nations unies, était intervenu après de fortes tensions ayant notamment entraîné des perturbations de la production pétrolière.
Le nouvel épisode ne signifie pas que ce scénario se répétera. Il montre néanmoins que les accords de gouvernance restent vulnérables aux désaccords politiques.
Le 9 août 2026, Naji Issa avait demandé à être relevé de ses fonctions dans des lettres adressées aux deux institutions. Il n’avait pas détaillé les raisons de sa décision, évoquant leur caractère sensible. Les responsables politiques avaient alors appelé à son maintien.
CHIFFRES CLÉS
- 9 août 2026 : date des lettres dans lesquelles Naji Issa demande à quitter ses fonctions.
- 22 octobre 2026 : acceptation en principe de sa démission par la présidence de la Chambre des représentants.
- 2024 : année du compromis institutionnel ayant permis sa nomination.
- 96,1 milliards LYD : recettes pétrolières et royalties de janvier à août 2026, selon les données reprises par WMC.
- Environ 97 % : poids de ces recettes dans les recettes publiques publiées pour les huit premiers mois de 2026.
Recettes pétrolières : la continuité financière à préserver
Pour l’économie libyenne, le risque dépasse la seule direction de la banque.
Selon les données de la Banque centrale reprises par WMC, les recettes issues des ventes de pétrole et des royalties représentaient environ 96,1 milliards de dinars libyens sur les huit premiers mois de 2026, soit près de 97 % des recettes publiques publiées pour cette période.
La continuité de la gestion financière dépend donc largement de la capacité des institutions à préserver le circuit des recettes pétrolières, la disponibilité des devises et le financement des dépenses publiques.
Une crise prolongée pourrait compliquer la coordination de ces opérations. Mais les informations disponibles ne permettent pas d’affirmer que les transferts pétroliers ont été suspendus à la suite de la décision du 22 octobre.
Dinar et paiements : des risques à surveiller
L’autre enjeu concerne la politique de change. En cas d’incertitude durable sur la direction de la Banque centrale, la cohérence des décisions relatives aux devises, à la liquidité et aux opérations bancaires pourrait être fragilisée.
Il serait toutefois prématuré d’attribuer à cette nouvelle crise une variation du dinar ou une perturbation des paiements sans données spécifiques.
La continuité des règlements publics constitue également un point sensible, notamment pour les salaires, les fournisseurs de l’État et les transactions bancaires. Pour les entreprises tunisiennes actives sur le marché libyen, une dégradation des circuits de règlement pourrait entraîner des retards de paiement. Ce risque n’est pas, à ce stade, une conséquence confirmée de la décision parlementaire.
La tension institutionnelle s’accompagne enfin d’un incident de sécurité. Selon Reuters, la Banque centrale a dénoncé une entrée forcée dans ses locaux et une atteinte au bureau du gouverneur en son absence. Les circonstances et les conséquences opérationnelles de cet épisode restent à préciser.
Le prochain test sera double : clarifier juridiquement la direction de la Banque centrale et garantir la continuité de ses opérations financières. La décision finale de la Chambre des représentants, la position officielle de la banque et l’évolution des relations entre les deux institutions seront déterminantes.
EN BREF
- La présidence de la Chambre des représentants libyenne a accepté en principe la démission de Naji Issa et désigné Fawzi Musbah Abukhzam pour assurer provisoirement la direction de la Banque centrale.
- Le premier vice-président du Haut Conseil d’État conteste la décision, tandis que le président du Conseil soutient l’intérim. Cette divergence complique la transition institutionnelle.
- La crise remet à l’épreuve le compromis de 2024. Les recettes pétrolières, la politique de change et les paiements publics constituent les principaux enjeux économiques. Aucune interruption de ces opérations imputable à la décision du 22 octobre n’est établie.


