Le nombre de puits agricoles profonds non autorisés est passé de 205 en 2010 à près de 3 229 en 2024, tandis que les volumes d’eau extraits de ces puits ont augmenté de 205 millions de mètres cubes (m³) à 827 millions de m³ durant la même période, a indiqué le directeur général des ressources en eau au ministère de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, Aïssa Halimi.

Intervenant au cours d’une journée d’étude organisée, le 12 octobre, par l’Académie parlementaire sur le projet de loi n°18/026 relatif à la régularisation de la situation des puits profonds non autorisés, le responsable a rappelé des impacts négatifs de l’expansion des puits non autorisés. Il a cité à titre d’exemple la hausse des coûts de pompage et de l’énergie, la multiplication des conflits entre exploitants et les difficultés liées au contrôle des volumes d’eau extraits et à leur répartition équitable.

Il a également évoqué les conséquences environnementales, parmi lesquelles figurent la dégradation des systèmes oasiens, le recul de la biodiversité, la pollution de l’eau au niveau des têtes de puits, la baisse du niveau des nappes phréatiques, l’assèchement des anciens puits de surface et l’intrusion d’eau salée dans les eaux douces des régions côtières.

Il a rappelé dans ce sens le cadre juridique régissant les eaux souterraines, qui constituent un domaine public soumis aux dispositions du Code des eaux, soulignant que le forage ou l’exploitation d’un puits nécessite une autorisation préalable du ministre chargé du dossier des eaux. Cette autorisation fixe les conditions d’usage de l’eau mais n’attribue pas sa propriété, a-t-il expliqué.

Il a fait savoir que l’expansion des puits non autorisés s’explique par plusieurs facteurs, à savoir administratifs (longueur des procédures d’obtention des autorisations), agricoles (hausse des besoins d’irrigation, extension des cultures irriguées et développement du recours aux serres, en l’absence d’alternatives hydriques suffisantes), ainsi que climatiques (succession d’années de sécheresse et baisse des précipitations).

Il a également mis l’accent sur les infractions constatées concernant l’exploitation de l’eau, notamment l’installation d’une pompe sans autorisation, l’utilisation de l’eau à des fins autres que celles définies et le dépassement des quantités autorisées.

Halimi a rappelé, par ailleurs, que la situation hydrique en Tunisie est marquée par la baisse du niveau des nappes et la salinisation des eaux, notamment dans les régions côtières et du Sud ainsi que dans les zones oasiennes. Cette situation est aggravée par la faiblesse des ressources en eau renouvelables, les effets du changement climatique et la hausse des températures, a-t-il ajouté.

De son côté, la chargée de la gestion de la Direction générale du Génie rural et de l’exploitation des eaux au ministère de l’Agriculture, Aïda Jridi, a annoncé l’orientation vers l’adoption de compteurs intelligents et d’un système d’information permettant d’assurer un suivi en temps réel et périodique. Et d’ajouter que ce dispositif garantira des données actualisées sur les volumes d’eau exploités au niveau de chaque puits et facilitera ainsi la détection de tout dépassement des quantités autorisées.