Le déploiement massif de l’intelligence artificielle commence à produire un effet moins attendu : il renchérit certains intrants technologiques. En Australie, la banque centrale surveille désormais ce canal comme un risque supplémentaire pour l’inflation.

La gouverneure de la Reserve Bank of Australia (RBA), Michele Bullock, a averti le 29 septembre que le boom mondial de l’investissement dans l’IA provoquait des hausses significatives sur certains intrants de sa chaîne d’approvisionnement, notamment les logiciels et certaines matières premières. Selon elle, ces coûts commencent à se transmettre aux prix payés par les entreprises et les consommateurs.

Le mécanisme tient à l’ampleur des investissements dans les centres de données. La demande mondiale de semi-conducteurs et d’autres technologies nécessaires à l’IA exerce une pression sur des capacités de production déjà contraintes. Dans son rapport d’août, la RBA relevait que cette demande avait déjà contribué à une hausse des prix à la production dans certaines économies et à l’augmentation du prix de certains produits électroniques et logiciels.

Pourquoi l’intelligence artificielle peut-elle faire augmenter le prix des ordinateurs ?

La construction massive de data centers augmente la demande mondiale de mémoires, de capacités de stockage et de semi-conducteurs. Lorsque la production ne suit pas assez vite, ces composants deviennent plus chers. Les fabricants peuvent ensuite répercuter une partie de ces coûts sur les ordinateurs et autres équipements électroniques.

Un exemple apparaît sur le marché australien des ordinateurs. Nick Wells, directeur général de JB Hi-Fi, a indiqué que les prix des PC avaient fortement progressé en six mois et que, pour certaines marques, les hausses dépassaient 50 %. Il attribue principalement ce mouvement au renchérissement de la mémoire, dont une part croissante de l’offre est absorbée par les besoins des centres de données dédiés à l’IA.

Cette donnée doit toutefois être précisément circonscrite : elle ne concerne ni tous les ordinateurs ni les smartphones. La RBA souligne également que la transmission de ces tensions aux prix à la consommation reste jusqu’ici limitée dans la plupart des économies.

Analyse : le paradoxe est économique. Les investissements dans l’IA mobilisent immédiatement puces, mémoires, stockage, logiciels et infrastructures, alors que les gains de productivité espérés peuvent mettre davantage de temps à se diffuser. Michele Bullock estime ainsi possible que ces investissements entretiennent temporairement certaines pressions inflationnistes avant que leurs bénéfices de productivité apparaissent.

L’IA pourrait donc avoir deux effets successifs : renchérir certains intrants à court terme, avant éventuellement de réduire les coûts grâce aux gains d’efficacité promis.