Prêts bancaires sur l'honneurLe crédit sur l’honneur peut ouvrir une nouvelle voie de financement aux particuliers et aux petits projets exclus du crédit classique. Mais son efficacité dépendra surtout de son ciblage, du suivi des bénéficiaires et de la maîtrise du risque bancaire.

Le lancement des microfinancements d’honneur à taux zéro et sans garantie constitue une « bouffée d’oxygène », mais ne dispense pas les banques d’une véritable analyse du risque. C’est l’un des principaux enseignements de l’entretien accordé par Saoussen Gharbi, docteur en finance et enseignante universitaire, à La Presse le 1er octobre 2026.

Le dispositif concerne plusieurs catégories de bénéficiaires. Les montants peuvent atteindre 5.000 dinars pour les besoins de consommation des particuliers, 10.000 dinars pour les petits projets et 25.000 dinars pour les PME et les sociétés communautaires. Le décret n° 2026-148 du 23 juillet 2026 en fixe les conditions et critères d’octroi.

Pour Saoussen Gharbi, l’enjeu dépasse toutefois le coût du financement. L’absence de garantie ne signifie pas que le crédit doit être automatique : les banques doivent continuer à apprécier la capacité de remboursement et le niveau d’endettement. Faute de quoi, le mécanisme pourrait accroître le risque de surendettement.

L’experte attire également l’attention sur le ciblage. Les établissements pourraient être tentés de privilégier les dossiers les moins risqués et les clients déjà bancarisés. Une telle pratique respecterait formellement l’obligation de financement, tout en réduisant la portée du dispositif en matière d’inclusion financière.

Dans La Presse, Saoussen Gharbi estime l’enveloppe concernée à environ 138 millions de dinars et évalue le nombre potentiel de bénéficiaires entre 15.700 et 19.000, selon la répartition des crédits. Ces chiffres constituent ses estimations et non un bilan du mécanisme.

À plus long terme, elle plaide pour une architecture associant ciblage, accompagnement, partage d’information et gouvernance claire. L’objectif ne devrait donc pas être seulement de distribuer des crédits à taux zéro, mais de vérifier qu’ils permettent réellement de créer ou consolider une activité, de générer des revenus et, éventuellement, de l’emploi.

EN BREF

  • Décret de cadrage : Le décret n° 2026-148 du 23 juillet 2026 fixe les conditions du crédit sur l’honneur (taux zéro, zéro garantie).
  • Plafonds d’octroi : 5 000 DT (particuliers), 10 000 DT (petits projets), 25 000 DT (PME et sociétés communautaires).
  • Enveloppe globale : Environ 138 millions de dinars pour 15 700 à 19 000 bénéficiaires potentiels (estimations).
  • Impératif d’analyse : L’absence de garantie n’exonère pas les banques d’évaluer la capacité de remboursement pour éviter le surendettement.
  • Conditions de succès : Nécessité d’associer le financement à un ciblage équitable, un accompagnement terrain et une gouvernance stricte.