Le coût du sous-investissement dans les réseaux essentiels tunisiens n’est pas, à ce stade, un chiffre unique. Il apparaît dans l’écart entre les moyens consacrés à la production électrique et les besoins du système, puis dans les effets en chaîne sur l’eau et la santé.

Human Rights Watch, dans un rapport publié le 6 octobre, estime que les coupures d’électricité et pénuries d’eau de l’été 2026 ont compromis l’accès à des services essentiels et mis en danger le droit à la santé. L’organisation met en cause la préparation des autorités. Cette appréciation relève de HRW, et non d’un constat officiel.

Un écart de 1,7 milliard de dinars

Le chiffre économique le plus solide vient de l’Observatoire tunisien de l’économie. Selon son analyse du 31 juillet, fondée sur les rapports de la STEG, les investissements de l’entreprise publique dans la production électrique ont totalisé 1 947 millions de dinars sur 2016-2020, contre 248 millions sur 2021-2025. L’écart atteint 1 699 millions de dinars, soit une baisse d’environ 87,3 % calculée par WMC à partir de ces montants.

Ce différentiel ne représente toutefois pas le coût total des coupures. Il mesure un recul de l’investissement. Pour chiffrer le coût économique réel, il faudrait des données consolidées sur les pertes de production, les surcoûts de secours, les dommages aux équipements, les interruptions d’activité, les dépenses supplémentaires des ménages et les effets sanitaires. Ces données ne sont pas disponibles dans le corpus consulté.

La santé, terrain de divergence

La santé illustre cette difficulté de mesure. Le ministère de la Santé a recensé 633 consultations et prises en charge liées à la vague de chaleur entre le 1er juillet et le 29 août 2026. Il a affirmé qu’aucune interruption de la continuité des services sanitaires n’avait été enregistrée.

HRW rapporte au contraire des témoignages et des estimations d’organisations médicales faisant état de perturbations et de décès, sans qu’un bilan officiel des décès liés aux coupures ait été publié.

L’enjeu de responsabilité publique se situe donc à deux niveaux : expliquer les choix d’investissement ayant précédé la crise, puis documenter de façon transparente ses conséquences. À ce jour, le sous-investissement est quantifiable ; son coût économique, sanitaire et social complet ne l’est pas encore.

Chiffres clés

  • 1 947 MDT : investissements de production électrique de la STEG sur 2016-2020 selon l’OTE.
  • 248 MDT : même agrégat sur 2021-2025.
  • –87 % : recul indiqué par l’OTE.
  • 1 699 MDT : écart entre les deux périodes, calcul WMC, à ne pas confondre avec le coût économique des coupures.
  • 633 : consultations et prises en charge liées à la vague de chaleur recensées par le ministère entre le 1er juillet et le 29 août 2026. Observatoire Tunisien de l’Economie

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