Tourisme et revenus du travail ont apporté plus de 13,2 milliards de dinars sur les neuf premiers mois de 2026. Pourtant, les avoirs nets en devises sont retombés à 23,6 milliards de dinars, soit 92 jours d’importation. Il n’y a pas contradiction : les premiers sont des flux entrants, les seconds constituent un stock soumis à l’ensemble des entrées et sorties de devises.
Plus de 13,2 milliards de dinars d’un côté. Seulement 92 jours d’importation de l’autre. Pris isolément, les deux indicateurs donnent l’impression d’envoyer des signaux contradictoires sur la situation extérieure de la Tunisie.
Selon les indicateurs de la Banque centrale de Tunisie rapportés le 3 octobre, les revenus du travail ont approché 6,9 milliards de dinars à fin septembre 2026, en progression de 5 %. Les recettes touristiques ont atteint 6,3 milliards, contre 6,1 milliards un an auparavant.
Ensemble, ces deux ressources dépassent 13,2 milliards de dinars, en hausse de 4,7 %. Elles représentent même 142 % du service de la dette extérieure, estimé à près de 9,3 milliards de dinars.
Mais cette comparaison ne signifie pas que 13,2 milliards de dinars supplémentaires doivent se retrouver dans les coffres en devises de la BCT.
Un flux n’est pas un stock
C’est la clé du paradoxe.
Les recettes touristiques et les revenus du travail constituent des entrées enregistrées au cours d’une période. Les réserves de change correspondent, elles, à un stock à une date donnée. Entre les deux interviennent toutes les autres opérations en devises de l’économie tunisienne.
Au 2 octobre 2026, les avoirs nets en devises s’établissaient ainsi à 23,6 milliards de dinars, représentant 92 jours d’importation, contre 24,2 milliards et 104 jours un an auparavant.
Pour comprendre cette évolution, il faut donc regarder l’autre côté de l’équation : les sorties.
17,85 milliards DT de déficit commercial en huit mois
Les dernières données disponibles de l’Institut national de la statistique apportent une première partie de la réponse.
Sur les huit premiers mois de 2026, la Tunisie a exporté pour 44,6716 milliards de dinars de marchandises et importé pour 62,5254 milliards. Le déficit commercial atteint donc 17,8538 milliards de dinars, contre 14,639 milliards sur la même période de 2025.
Surtout, les importations augmentent de 11,6 %, plus rapidement que les exportations, en hausse de 8 %.
L’énergie représente une pression majeure : son déficit atteint 8,9302 milliards de dinars à fin août, contre 7,148 milliards un an plus tôt.
Mais elle n’explique pas tout. Hors énergie, le déficit commercial atteint encore 8,9237 milliards de dinars. L’excédent alimentaire de 983,1 millions de dinars ne suffit pas à compenser les déficits enregistrés sur les matières premières et demi-produits, les biens d’équipement et les biens de consommation.
Les 13,2 milliards jouent donc un rôle d’amortisseur
La bonne lecture n’est donc pas : « 13,2 milliards sont entrés, pourquoi ne sont-ils pas dans les réserves ? »
Elle est plutôt : sans ces entrées de tourisme et de revenus du travail, toutes choses égales par ailleurs, la contrainte extérieure serait plus forte.
Ces ressources contribuent à financer les besoins en devises du pays. Elles ne constituent toutefois que deux lignes parmi l’ensemble des transactions avec l’extérieur.
Pour reconstruire précisément le passage des 13,2 milliards de recettes au stock de 23,6 milliards de réserves, il faudrait disposer, sur des périodes comparables, de l’ensemble de la balance des paiements : échanges de biens et services, revenus, transferts, investissements directs étrangers, emprunts et remboursements extérieurs ainsi que les autres mouvements financiers.
Ces données complètes ne sont pas toutes disponibles dans les éléments vérifiés pour cette analyse. Il serait donc excessif d’attribuer la baisse des réserves à une seule composante.
Un deuxième signal monétaire à surveiller
La BCT fait parallèlement apparaître une forte progression de la monnaie fiduciaire. Les billets et monnaies en circulation dépassaient 29,6 milliards de dinars au 1er octobre, en hausse de 16 % sur un an.
Cet indicateur mérite un suivi distinct : à lui seul, il ne permet pas d’expliquer la diminution des réserves de change.
Le véritable signal de ce début octobre se trouve ailleurs : la Tunisie continue de générer davantage de devises grâce au tourisme et aux revenus du travail, mais ces entrées évoluent dans une économie dont les besoins extérieurs restent considérables.
Chiffres clés
- > 13,2 Mds DT : revenus du travail + recettes touristiques sur neuf mois.
- +4,7 % : progression cumulée de ces deux flux.
- 9,3 Mds DT : service de la dette extérieure.
- 23,6 Mds DT : avoirs nets en devises au 2 octobre 2026.
- 92 jours : couverture des importations, contre 104 jours un an plus tôt.
- 17,8538 Mds DT : déficit commercial à fin août 2026.


