Le taux de chômage tunisien recule légèrement au deuxième trimestre 2026. Mais derrière ce 14,9 %, les données de l’INS révèlent un mouvement beaucoup plus marqué : la population active féminine diminue de 76 600 personnes en trois mois. Un signal majeur dont les causes restent encore à établir.

À première vue, le marché du travail tunisien s’améliore légèrement. Le taux de chômage passe de 15 % au premier trimestre à 14,9 % au deuxième trimestre 2026. Le nombre de chômeurs recule également, de 641 700 à 622 400 personnes.

Mais cette évolution masque une autre dynamique : la population active totale tombe de 4,268 millions à 4,1905 millions, soit 77 500 actifs de moins en trois mois.

Une contraction presque entièrement féminine

La ventilation par sexe change radicalement la lecture.

La population active féminine passe de 1,3794 million à 1,3028 million, soit une contraction de 76 600 personnes. Chez les hommes, la baisse est d’environ 1 000.

Par calcul WMC, les femmes représentent donc 98,8 % de la contraction nette de la population active entre les deux trimestres.

L’emploi évolue dans la même direction. Le nombre de femmes occupées passe de 1,0941 million à 1,0221 million, soit environ 72 000 de moins. Dans le même temps, l’emploi masculin augmente de 13 800 personnes.

Ces chiffres doivent toutefois être formulés avec précision : l’enquête mesure des populations à deux dates. Elle ne permet pas d’affirmer que 76 600 femmes identifiées ont individuellement « quitté » le marché du travail ni que 72 000 postes précis ont été supprimés.

Pourquoi la baisse du chômage tunisien peut-elle être trompeuse ? Parce qu’entre T1 et T2 2026, le taux recule à 14,9 % alors que la population active diminue de 77 500 personnes. Les femmes représentent 98,8 % de cette contraction nette, ce qui impose de lire conjointement chômage, emploi et participation au marché du travail.

Le taux de chômage ne raconte qu’une partie de l’histoire

Autre paradoxe : alors que le taux national baisse, le chômage féminin passe de 20,7 % à 21,6 %.

Chez les diplômés du supérieur, l’écart est encore plus spectaculaire. Le taux de chômage des femmes diplômées grimpe de 32 % à 35,6 %, tandis que celui des hommes diplômés reste stable à 14,2 %.

Le taux de chômage apparaît ainsi insuffisant, pris isolément, pour mesurer la mobilisation du capital humain disponible. Une diminution de la population active peut modifier cet indicateur sans traduire une amélioration équivalente de l’emploi.

Le décrochage des services, une piste à vérifier

Dans le même temps, l’emploi dans les services passe de 1,920 million à 1,7788 million, soit une diminution de 141 200 personnes. Les autres grands secteurs enregistrent au contraire une hausse de leurs effectifs.

La convergence avec le recul de l’emploi féminin est frappante, mais elle ne prouve pas que les deux phénomènes se confondent. Les tableaux publics consultés ne donnent pas le croisement sexe × secteur nécessaire pour l’établir.

C’est désormais la question centrale : pourquoi les estimations de l’INS font-elles apparaître 76 600 femmes actives de moins en un trimestre ?

Découragement, contraintes familiales, retour aux études, informalité, migration ou choc sectoriel : à ce stade, ces explications restent des hypothèses. Seuls des croisements détaillés par sexe, âge, diplôme, région, secteur et statut professionnel permettront d’identifier ce qui se passe réellement derrière le 14,9 %.

Chiffres clés

  • 14,9 % : taux de chômage national au T2 2026, contre 15 % au T1.
  • -77 500 : variation de la population active totale.
  • -76 600 : variation de la population active féminine.
  • 98,8 % : part des femmes dans la contraction nette, calcul WMC.
  • -72 000 environ : variation du nombre de femmes occupées.
  • 35,6 % : chômage des diplômées, contre 14,2 % chez les diplômés hommes.
  • -141 200 : variation de l’emploi dans les services entre T1 et T2.

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