La hausse de 40 % du diesel a déclenché les manifestations les plus étendues depuis la chute de Bachar Al-Assad. Pour les nouvelles autorités syriennes, le choc énergétique devient désormais un test politique : jusqu’où peut-on rapprocher les prix des coûts réels lorsque 90 % de la population vit sous le seuil de pauvreté ?

Depuis le 13 septembre, le litre de diesel coûte 175 livres syriennes, contre 125 auparavant. L’essence 95 est passée de 152 à 195 livres, soit environ +28 %. Reuters rapporte que, depuis février, le diesel a plus que doublé.

La colère a immédiatement gagné plusieurs régions. Routes bloquées, pneus brûlés, convois pétroliers entravés : Reuters décrit le mouvement comme le plus étendu depuis la chute du régime Assad.

Le piège énergétique

Le gouvernement affirme que la hausse est temporaire. Il invoque le renchérissement des produits raffinés, les coûts d’approvisionnement et la maintenance de la raffinerie de Banias. La dépendance extérieure est forte : selon le ministère de l’Énergie, les importations assurent environ 60 % des besoins quotidiens en diesel.

Économiquement, l’ajustement répond donc à une contrainte réelle. Socialement, il frappe une population presque sans marge. Le PNUD estime que 90 % des Syriens vivent sous le seuil de pauvreté, contre 33 % avant le conflit.

C’est là que la réforme change de nature. Le diesel ne pèse pas seulement sur les automobilistes : son renchérissement menace de se diffuser au transport, aux marchandises et au coût de la vie.

Un test de légitimité

Analyse WMC : ces manifestations ne prouvent pas encore une déstabilisation de la transition. Elles révèlent néanmoins son point de fragilité : la reconstruction d’un État ne se joue pas seulement sur la sécurité ou les institutions, mais aussi sur sa capacité à rendre les ajustements économiques socialement supportables.

En Syrie, le véritable enjeu n’est donc plus seulement de garantir le carburant. C’est de savoir à quel prix social la transition peut l’obtenir.

Chiffres clés :

– diesel 175 livres/litre | hausse +40 % |

– essence 95 195 livres/litre | hausse +28 % |

– pauvreté 90 % |

– diesel importé ≈60 %.