Le prochain grand choc pétrolier pourrait ne pas venir d’un embargo, d’une guerre ou d’un effondrement de l’offre. Il pourrait venir des concessions automobiles chinoises.

À mesure que Pékin électrifie son parc automobile, une question longtemps théorique devient industrielle : que faire de raffineries conçues pour alimenter des millions de voitures qui ne brûleront bientôt plus d’essence ?

Selon l’institut de recherche de Sinopec, entre 80 et 100 millions de tonnes de capacités de raffinage pourraient disparaître en Chine d’ici 2030. Rapporté aux quelque 950 millions de tonnes de capacité annuelle du pays, l’ajustement est loin d’être marginal.

La cause est désormais structurelle. Les véhicules électriques représentaient déjà plus de la moitié des ventes automobiles chinoises en 2025. L’Agence internationale de l’énergie estime qu’ils ont évité environ 1 million de barils par jour de consommation pétrolière cette année-là. Ce volume pourrait atteindre 2,7 millions de barils par jour en 2030 et dépasser 4 millions en 2035.

Pour les producteurs de pétrole, ces chiffres devraient être lus moins comme une statistique automobile que comme un avertissement.

Pendant deux décennies, la Chine a été l’un des grands moteurs de la croissance de la demande mondiale. Chaque autoroute, chaque nouvelle voiture et chaque usine contribuait à absorber davantage de brut importé. Ce mécanisme commence à fonctionner à l’envers.

L’OPEP peut encore miser sur l’Inde, l’Afrique, l’aviation ou la pétrochimie. Elle peut également compter sur le fait que le pétrole ne disparaîtra pas des économies modernes. Mais remplacer la croissance chinoise ne sera pas simple. Lorsque le plus grand marché automobile mondial retire plusieurs millions de barils par jour de demande potentielle, l’équilibre des producteurs change.

La vulnérabilité concerne aussi la Russie, devenue l’un des principaux fournisseurs de Pékin. Une Chine moins dépendante du pétrole importé disposera mécaniquement de davantage de pouvoir de négociation face à ses fournisseurs.

Car Pékin ne semble nullement disposé à abandonner sa propre production. En 2025, la Chine a extrait plus de 216 millions de tonnes de brut, en hausse d’environ 1,5 %. La logique est claire : si la consommation ralentit, mieux vaut réduire les importations avant de sacrifier la production nationale.

Ce choix transforme l’électrification automobile en instrument de sécurité énergétique.

Toutes les raffineries chinoises ne fermeront évidemment pas. Les plus grandes basculeront davantage vers la pétrochimie, les carburants aéronautiques et les produits à forte valeur ajoutée. Les installations vieillissantes et trop dépendantes de l’essence et du diesel seront les premières exposées.

Le signal dépasse donc largement l’automobile. La Chine est en train de démontrer qu’une transition énergétique peut modifier non seulement ce que consomment les automobilistes, mais aussi qui détient le pouvoir sur le marché pétrolier.

Pour l’OPEP et les grands pays exportateurs, le risque n’est pas une Chine qui cesse d’acheter du pétrole demain matin. Il est plus insidieux : une Chine qui, année après année, n’a plus besoin d’en acheter davantage — puis commence à en acheter moins.

Chiffres clés

  • ≈ 950 millions de tonnes/an : capacité chinoise de raffinage.
  • 80 à 100 millions de tonnes/an : capacités susceptibles de sortir du marché d’ici 2030.
  • 1 million de barils/jour : pétrole évité par les VE chinois en 2025.
  • 2,7 millions de barils/jour : demande potentiellement évitée en 2030.
  • Plus de 4 millions de barils/jour : potentiel à l’horizon 2035.
  • 216 millions de tonnes : production chinoise de brut en 2025.