La croissance tunisienne accélère, l’industrie repart et plusieurs indicateurs s’améliorent. Pourtant, dans les entreprises, la prudence domine. Pour Yassine Gouiaa, président de l’Organisation nationale des entrepreneurs, une grande partie du tissu productif aborde la rentrée économique avec des réserves presque épuisées. Le décalage entre les statistiques nationales et la réalité des trésoreries devient l’un des principaux tests de la reprise.

Sur le papier, la Tunisie va mieux. Dans les comptes des entreprises, le redressement est beaucoup moins évident.

Le produit intérieur brut a progressé de 2,3 % sur un an au deuxième trimestre 2026, tandis que la production industrielle a augmenté de 1,5 %. Après des années marquées par les crises sanitaires, les tensions internationales, l’inflation et le ralentissement de l’investissement, ces chiffres signalent une amélioration réelle de l’activité.

Yassine Gouiaa refuse pourtant d’y voir un décollage. Invité d’Expresso sur Express FM, le président de l’Organisation nationale des entrepreneurs estime qu’une part importante des entreprises entre dans la nouvelle saison économique après avoir largement entamé ses réserves financières.

L’affirmation n’est pas, à ce stade, adossée à une enquête publique permettant d’en mesurer précisément l’ampleur. Elle pose néanmoins une question centrale : une économie peut-elle réellement parler de reprise si ses entreprises continuent de privilégier la survie à l’investissement ?

Une reprise très inégale

La production industrielle illustre cette fragilité.

Au deuxième trimestre, les industries mécaniques et électriques progressent de 3,8 % et l’agroalimentaire de 2,6 %. Mais la chimie recule de 6,4 %, l’énergie de 1,1 % et les mines de 9,9 %.

La hausse moyenne de l’industrie masque ainsi des trajectoires opposées. Derrière le chiffre national, certaines branches renforcent leur production tandis que d’autres restent nettement en retrait.

Pour les chefs d’entreprise, cette divergence compte davantage qu’un agrégat national. Une société dont les marges ont été absorbées par plusieurs années de hausse des coûts ne retrouve pas automatiquement sa capacité d’investissement parce que le PIB progresse de quelques points.

Le piège de la trésorerie

À cette faiblesse s’ajoute une inflation revenue à 5,4 % en août, après 5,1 % en juillet. La hausse des prix continue de peser sur les coûts de fonctionnement et, selon les secteurs, sur la capacité des entreprises à préserver leurs marges.

Le commerce extérieur reste lui aussi déséquilibré. Au premier semestre 2026, la Tunisie a exporté pour 34,65 milliards de dinars, contre 47,21 milliards d’importations. Le déficit commercial atteint ainsi 12,57 milliards de dinars.

Ces données ne décrivent pas une économie en récession. Elles montrent plutôt une reprise encore trop fragile pour effacer les séquelles accumulées.

Le véritable indicateur à surveiller ne sera donc pas seulement la croissance du prochain trimestre. Ce sera la capacité des entreprises à recommencer à investir, recruter et reconstituer leur trésorerie.

Car une reprise devient durable lorsque les entreprises cessent de gérer l’urgence et recommencent à préparer l’avenir.

Chiffres clés

  • +2,3 % : croissance du PIB au deuxième trimestre 2026
  • +1,5 % : progression de la production industrielle
  • +3,8 % : industries mécaniques et électriques
  • +2,6 % : industries agroalimentaires
  • -6,4 % : industries chimiques
  • -9,9 % : production minière
  • 5,4 % : inflation en août 2026
  • 34,65 milliards DT : exportations au premier semestre
  • 47,21 milliards DT : importations au premier semestre
  • 12,57 milliards DT : déficit commercial au premier semestre