La Tunisie promet depuis plus d’une décennie d’accélérer sa transition énergétique. L’objectif de 30 % d’électricité renouvelable en 2030 figurait déjà dans le Plan solaire tunisien de 2015. Il a depuis été relevé à 35 %. Mais à fin juin 2026, les renouvelables ne représentaient encore que 9,2 % de la production électrique. Une nouvelle illustration du fossé persistant entre les annonces, les calendriers et les réalisations.

Le constat dressé mardi par Malken Kesksi, membre du Groupement professionnel des énergies renouvelables de la CONECT, est difficile à contester : la Tunisie avance, mais beaucoup trop lentement au regard de ses propres engagements.

Selon l’Observatoire national de l’énergie et des mines, les renouvelables ont représenté 9,2 % de la production électrique à fin juin 2026, autoproduction comprise. Le gaz naturel en fournit toujours 90,8 %. Le solaire porte presque seul la progression, avec 8,41 % du mix, loin devant l’éolien à 0,7 %.

Des objectifs vieux de plus de dix ans

Le plus frappant est que l’ambition affichée n’a rien de nouveau. Dès 2015, la mise à jour du Plan solaire tunisien prévoyait de porter les renouvelables à 30 % de la production électrique en 2030. Le gouvernement avait ensuite adopté le plan en juillet 2016, avec une étape intermédiaire de 12 % dès 2020.

Cette première échéance a été largement manquée. Le bilan énergétique officiel pour 2020 évaluait alors la part des renouvelables à seulement 3,1 % de la production nationale d’électricité.

Depuis, l’objectif final est devenu encore plus ambitieux : l’ANME affiche désormais 35 % de renouvelables dans la production électrique en 2030.

Autrement dit, à moins de quatre ans de l’échéance, la Tunisie doit encore combler près de 26 points de pourcentage.

Le problème n’est plus d’annoncer

La Tunisie ne manque ni de plans, ni d’appels d’offres, ni de stratégies. Ce qui manque encore, c’est la conversion suffisamment rapide des projets annoncés en capacités construites, raccordées et productives.

Kesksi appelle notamment à raccourcir les délais de réalisation et à accélérer le stockage par batteries. Le sujet devient effectivement incontournable : plus le solaire monte dans le mix, plus le réseau doit pouvoir absorber l’électricité produite en journée et la restituer lorsque la demande augmente.

La pression est d’autant plus forte que le pays reste extrêmement dépendant des énergies importées. À fin juin 2026, son taux d’indépendance énergétique était tombé à 34 %.

Après une décennie de stratégies successives, le défi n’est donc plus de fixer une nouvelle cible. Il est de tenir enfin celles qui existent.

Chiffres clés

9,2 % — part des renouvelables dans l’électricité à fin juin 2026
35 % — objectif officiel pour 2030
3,1 % — part effectivement atteinte en 2020, contre un objectif de 12 %
90,8 % — part du gaz dans la production électrique en juin 2026
34 % — taux d’indépendance énergétique à fin juin 2026
500 MW — photovoltaïque résidentiel installé à fin juin 2026