Goldman Sachs envisage un Brent à 120 dollars en cas d’intensification des attaques contre la navigation au Moyen-Orient. Pour les pays importateurs d’énergie, un choc prolongé à ce niveau se transmettrait bien au-delà des carburants : inflation importée, pression sur les devises, dégradation des comptes publics et ralentissement de l’activité. La Tunisie cumule plusieurs de ces vulnérabilités.

À 120 dollars, le pétrole changerait de dimension macroéconomique. Le scénario avancé par Goldman Sachs placerait le Brent environ 24 % au-dessus de son niveau proche de 97 dollars observé le 7 septembre. Il reste conditionnel : une normalisation des exportations régionales pourrait, à l’inverse, ramener le baril vers 80 dollars.

L’enjeu est moins le franchissement ponctuel d’un seuil que sa durée. Plusieurs mois de pétrole très cher suffiraient à remettre en cause le scénario de désinflation, à compliquer la tâche des banques centrales et à accroître les écarts entre exportateurs et importateurs d’énergie.

Pour ces derniers, l’inflation constitue la première ligne de transmission. Le renchérissement du brut gagne les carburants, le transport, la logistique puis les coûts de production. Le FMI estime qu’une hausse de 10 % du prix annuel moyen du pétrole peut ajouter environ 1 point de pourcentage à l’inflation des économies importatrices de la région Moyen-Orient et Afrique du Nord et retrancher près de 0,5 point à la production.

Le change, véritable test de résistance

Le risque devient plus sérieux lorsque le choc pétrolier rencontre une monnaie fragile. Un importateur net doit mobiliser davantage de devises pour financer la même quantité d’énergie. Si sa monnaie recule face au dollar, la hausse du pétrole est amplifiée en monnaie locale.

Les autorités monétaires se retrouvent alors devant un arbitrage difficile : tolérer la dépréciation et davantage d’inflation, utiliser les réserves de change ou maintenir une politique monétaire restrictive au détriment de l’activité.

La croissance encaisse ainsi le choc avec retard. Les ménages perdent du pouvoir d’achat, les marges des entreprises se contractent et l’investissement ralentit. La BCE estime qu’une hausse géopolitique de 10 % du prix réel du pétrole peut retrancher environ 0,2 à 0,3 point à la croissance annuelle de la zone euro au cours des premières années.

Pour la Tunisie, la transmission passerait simultanément par le commerce extérieur et le budget. Le déficit commercial a atteint 14,958 milliards de dinars sur janvier-juillet 2026, contre 11,904 milliards un an auparavant. Selon les estimations du FMI, une hausse de 10 % du prix moyen du pétrole pourrait en outre dégrader le solde budgétaire tunisien d’environ 0,5 point de PIB.

À 120 dollars, la première alerte viendrait donc probablement des prix. Mais pour les économies importatrices disposant de marges financières étroites, le véritable point de rupture pourrait se situer sur le change. La croissance, elle, enregistrerait ensuite le coût de l’ajustement.

CHIFFRES CLÉS

120 $ — scénario de risque de Goldman Sachs pour le Brent
≈ 97 $ — niveau du Brent le 7 septembre
+24 % — hausse séparant 97 dollars de 120 dollars
+1 point — effet inflationniste moyen estimé d’un choc pétrolier de +10 % dans les économies importatrices MENAP
−0,5 point — impact moyen correspondant sur la production
−0,2 à −0,3 point — impact estimé sur la croissance annuelle de la zone euro
14,958 Mds TND — déficit commercial tunisien sur janvier-juillet 2026
−0,5 point de PIB — impact budgétaire estimé en Tunisie pour une hausse de 10 % du pétrole