
Chaque saison oléicole produit son or vert. Mais elle laisse aussi derrière elle des montagnes de résidus.
C’est précisément dans cette matière sombre, dense, souvent considérée comme un sous-produit encombrant, que Yassine Khelifi a vu une opportunité.
Ingénieur de formation, il commence dès 2018 à travailler sur une idée simple : récupérer les grignons d’olive et leur donner une seconde vie. Pas sous forme de compost ou de déchet traité, mais comme combustible solide capable de remplacer le bois pour certains usages de chauffage et de cuisson.
Le défi était moins dans l’idée que dans la machine.
Ne trouvant pas de solution parfaitement adaptée, Yassine Khelifi développe son propre procédé de compression. Plusieurs années de mise au point plus tard, Bioheat voit le jour en 2022.
Faire d’un déchet une ressource
Le modèle repose sur une matière première que la Tunisie connaît bien.
Selon le Conseil oléicole international, le pays a produit environ 340 000 tonnes d’huile d’olive durant la campagne 2024-2025. Derrière ces volumes se trouve un gisement considérable de résidus issus des huileries.
Bioheat récupère ces grignons, les compacte en briquettes puis les sèche avant leur utilisation dans des poêles, cheminées, fours ou installations thermiques.
La promesse est double : réduire le poids d’un déchet agricole et créer, dans le même temps, une énergie produite localement.
Cette logique prend une dimension particulière dans une Tunisie où le taux d’indépendance énergétique était tombé à 34 % à fin juin 2026.
Bioheat n’a évidemment pas vocation à remplacer le gaz ou le pétrole à l’échelle nationale. Mais son approche ouvre une voie : produire davantage de chaleur à partir de ressources déjà disponibles sur le territoire.
- Plus : LA TUNISIE QUI GAGNE
Le marché ne s’arrête plus à la Tunisie
L’histoire de Bioheat change d’échelle lorsque le produit trouve ses premiers débouchés à l’étranger.
En 2025, Yassine Khelifi déclarait viser une production annuelle de 600 tonnes, avec près de 60 % des volumes destinés à l’export, notamment vers la France et le Canada.
Le projet entre alors dans une nouvelle phase : celle de l’industrialisation.
Le fondateur a récemment présenté une capacité de l’ordre de 1 000 tonnes par an et un objectif de 5 000 tonnes, avec une ambition de développement commercial en France.
L’enjeu n’est plus seulement de prouver que la briquette fonctionne. Il faut désormais produire davantage, sécuriser l’approvisionnement, maîtriser les coûts, certifier les performances et structurer un véritable marché.
LES CHIFFRES CLÉS
- 2018 — début du travail sur le procédé
- 2022 — création de Bioheat
- 340 000 tonnes — production tunisienne d’huile d’olive en 2024-2025
- 600 tonnes — objectif de production annoncé pour 2025
- 60 % — part alors annoncée à l’export
- 1 000 tonnes/an — capacité déclarée récemment
- 5 000 tonnes/an — objectif de montée en puissance
- 34 % — taux d’indépendance énergétique de la Tunisie à fin juin 2026
Une idée tunisienne qui veut changer d’échelle
Ce que raconte Bioheat dépasse finalement la briquette de chauffage.
C’est l’histoire d’un entrepreneur qui part d’un problème local, d’une matière disponible en abondance et d’un besoin économique réel pour tenter de construire une nouvelle chaîne de valeur.
Le défi commence maintenant.
Passer du prototype à l’industrie. Du marché local à l’export. Du déchet à la ressource.
C’est aussi cela, la Tunisie qui gagne : une Tunisie qui ne se contente pas de produire, mais qui apprend à mieux valoriser ce qu’elle possède déjà.


