Météo Chaleur SiroccoLa canicule n’est plus un simple épisode météo. En Tunisie, elle devient un révélateur de fragilités : santé publique, productivité, réseau électrique, agriculture, pouvoir d’achat. Et les plus vulnérables sont aussi les moins armés pour y faire face.

31,7 °C de moyenne nationale en juillet 2026. 3,4 °C au-dessus de la normale climatique. Fin août, le thermomètre pouvait encore grimper entre 42 et 48 °C dans plusieurs régions.

Ces chiffres ne disent pas tout. Mais ils disent déjà l’essentiel : la chaleur extrême s’installe comme une contrainte économique.

Le premier impact est humain. Déshydratation, épuisement thermique, complications cardiovasculaires, atteintes rénales, aggravation des maladies chroniques : les risques sont bien documentés par les grandes institutions sanitaires internationales.

En Tunisie, la question est d’autant plus sensible que 16,9 % de la population a 60 ans ou plus, selon le recensement de 2024. Cela représente environ 2,02 millions de personnes. Une population plus exposée aux effets de la chaleur, notamment lorsqu’elle vit seule, souffre d’une maladie chronique ou réside dans un logement mal isolé.

Mais la canicule ne s’arrête pas à la porte des hôpitaux.

Quand la chaleur entre dans l’entreprise

Dans le BTP, l’agriculture, le transport, l’industrie ou la manutention, travailler sous forte chaleur signifie souvent ralentir, multiplier les pauses, boire davantage, réorganiser les horaires.

Selon l’OMS et l’Organisation météorologique mondiale, la productivité du travail peut baisser en moyenne de 2 % à 3 % par degré supplémentaire au-delà de 20 °C de WBGT, un indicateur qui intègre température, humidité, rayonnement solaire et ventilation.

Autrement dit, la chaleur a un coût avant même qu’un salarié ne tombe malade.

Pour l’entreprise, ce coût peut prendre plusieurs formes : baisse de rendement, absentéisme, accidents, dépenses de climatisation, perturbations de production ou retards logistiques.

Le réseau électrique sous pression

L’été 2026 l’a montré de manière très concrète.

En juillet, la consommation électrique de pointe a atteint environ 5 000 MW, soit près de 30 % de plus que la consommation habituelle. La climatisation a largement contribué à cette poussée de la demande.

Résultat : des délestages ont été nécessaires pour protéger le réseau.

Entre le 18 et le 24 juillet, la STEG a enregistré 18 294 interventions pour rétablir l’alimentation électrique.

Le paradoxe est frappant : plus la chaleur augmente, plus les ménages et les entreprises ont besoin d’électricité pour se protéger. Mais plus cette demande augmente, plus le réseau est sous tension.

Les inégalités face à la chaleur

Tout le monde subit la même température, mais tout le monde ne dispose pas des mêmes moyens pour y faire face.

Un cadre dans un bureau climatisé, un ouvrier sur un chantier, une personne âgée vivant seule et un ménage modeste dans un logement mal ventilé ne connaissent pas la même canicule.

C’est aussi cela, le coût social de la chaleur.

Dans l’agriculture, la hausse des températures peut réduire les rendements, accroître les besoins en irrigation et fragiliser le bétail. Dans le tourisme, elle augmente les besoins de climatisation et donc les coûts énergétiques. Dans les transports et l’industrie, elle peut perturber le fonctionnement normal des équipements et des équipes.

Un risque économique encore mal mesuré

La Tunisie dispose déjà de données météorologiques, démographiques et énergétiques.

Ce qui manque encore, c’est une mesure consolidée du coût total de la chaleur : décès, hospitalisations, accidents du travail, pertes de productivité, absentéisme, baisse de rendement agricole, consommation électrique supplémentaire.

Tant que cette facture reste dispersée entre plusieurs secteurs, le risque paraît moins important qu’il ne l’est réellement.

La vraie question n’est donc plus de savoir si les vagues de chaleur vont coûter cher.

Elles coûtent déjà.

L’enjeu est désormais de savoir si la Tunisie saura transformer l’alerte météo en politique économique : adaptation des horaires, protection des travailleurs, soutien aux personnes vulnérables, rénovation thermique des bâtiments, sécurisation du réseau électrique et meilleure gestion de l’eau.

Les chiffres clés

  • 31,7 °C : température moyenne nationale en juillet 2026.
  • +3,4 °C : écart par rapport à la normale climatique.
  • 42 à 48 °C : maximales annoncées fin août dans plusieurs régions.
  • 16,9 % : part de la population âgée de 60 ans ou plus.
  • ≈ 2,02 millions : Tunisiens concernés.
  • 5 000 MW : pointe de consommation électrique estivale.
  • +30 % : hausse approximative de la consommation lors des pics.
  • 18 294 : interventions de la STEG en une semaine.
  • 2 à 3 % : baisse moyenne de productivité par degré supplémentaire au-delà de 20 °C de WBGT, selon l’OMS et l’OMM.