chronique eau electricitéIl fallait vraiment que le thermomètre s’en mêle.

Après un mois de juillet 2026 déjà classé par l’INM comme le deuxième mois de juillet le plus chaud depuis le début des observations, avec une température moyenne nationale de 31,7°C, soit 3,4°C au-dessus de la normale, la Tunisie remet une pièce dans la machine à cuire les habitants.

Ce jeudi 27 août, les maximales doivent encore atteindre 44 à 48°C dans plusieurs régions, avec coups de sirocco. Une détente relative est prévue vendredi et surtout samedi. Voilà pour la bonne nouvelle. Profitez-en, elle ne prendra pas beaucoup de place dans cet article.

La STEG et le grand jeu du « qui aura du courant cet après-midi ? »

Sur le front électrique, nous avons désormais dépassé le stade de la menace théorique.

Mercredi 26 août, la STEG a publié des avis de coupures tournantes concernant le Grand Tunis, le Nord, le Centre, Sfax et le Sud. Dans plusieurs régions, les interruptions pouvaient intervenir entre 11h30 et 18h, par périodes ne devant pas dépasser deux heures, selon les nécessités d’équilibrage du réseau. Le soir même, la compagnie envisageait encore des coupures entre 21h et minuit.

Et ici, le lien avec la chaleur est beaucoup plus solide.

Le PDG de la STEG, Fayçal Trifa, a indiqué quelques jours plus tôt que la demande avait atteint environ 5.000 mégawatts aux heures de pointe, soit, selon lui, quelque 30% de plus que la consommation habituelle. La climatisation pèse lourd dans cette envolée.

La société a d’ailleurs demandé aux Tunisiens d’éviter autant que possible les climatiseurs entre 13h et 17h, puis entre 22h et 1h. Traduction en langage de contribuable : il fait 45 degrés, mais si tout le monde a simultanément l’idée saugrenue d’essayer de ne pas cuire vivant, le réseau pourrait ne pas apprécier.

Pour jeudi et vendredi, le risque de nouveaux délestages reste donc élevé, surtout pendant les pointes, tant que la chaleur extrême persiste. Ce n’est pas une prédiction catastrophiste : c’est la conséquence logique des avis déjà publiés par la STEG et des températures annoncées.

L’eau du robinet : quand la panne rencontre la canicule

Pour l’eau potable, attention au raccourci commode.

Les coupures observées cette semaine à Mornaguia, Tebourba et Sidi Hassine étaient liées à une panne d’une conduite principale de 800 mm alimentant les réservoirs d’El Fejja. À Mahdia et Rejiche, une autre avarie de conduite a également perturbé l’approvisionnement.

Donc non : le thermomètre ne s’est pas personnellement rendu sur place avec une clé à molette pour casser les canalisations.

Mais une vague de chaleur augmente simultanément les besoins domestiques, les prélèvements et la pression sur les systèmes de distribution. Lorsqu’une conduite casse dans ces conditions, la marge de confort disparaît beaucoup plus vite.

La situation des réserves nationales est, heureusement, meilleure que lors des années précédentes : le ministère de l’Agriculture évaluait en juin le remplissage des barrages à environ 60%, un niveau alors qualifié de rassurant pour la saison estivale. Des difficultés restaient néanmoins signalées dans le Centre, notamment autour du barrage de Nebhana.

Autrement dit : il n’existe pas, sur la base des données accessibles, une pénurie nationale d’eau brute comparable aux pires années récentes. Il existe en revanche des infrastructures fragiles, des incidents locaux et une demande estivale élevée. Une nuance terriblement peu spectaculaire, mais malheureusement indispensable au métier.

Les chiffres clés

  • 44 à 48°C : maximales annoncées dans plusieurs régions jeudi 27 août.
  • +8 à +12°C : écart aux normales annoncé pour le pic de chaleur des 26-27 août.
  • 5.000 MW : niveau de consommation électrique cité par le PDG de la STEG lors de récentes pointes.
  • +30% : hausse de consommation électrique évoquée par le PDG de la STEG.
  • +30% : hausse de la demande d’eau minérale annoncée par les producteurs.
  • 60% : taux approximatif de remplissage des barrages annoncé à la mi-juin.
  • 23 et 24 septembre : dates envisagées pour une éventuelle grève du transport des carburants, si les négociations échouent.

L’eau minérale : tout le monde veut la même bouteille au même moment

C’est probablement le cercle vicieux le plus intéressant de cette séquence.

La Chambre syndicale nationale de l’industrie des boissons non alcoolisées affirme que la demande d’eau minérale conditionnée a bondi d’environ 30% par rapport aux niveaux habituels avec les fortes chaleurs. Les producteurs disent fonctionner à pleine capacité.

Seulement voilà.

Pour produire une bouteille d’eau, il faut certes de l’eau. Mais également une ligne d’embouteillage, de l’électricité, des équipements qui ne s’arrêtent pas au milieu du cycle, du transport et des rayons approvisionnés.

Or la profession reconnaît que les coupures électriques ont interrompu temporairement certaines unités et perturbé leur rythme de production. Des stocks de réserve avaient déjà été largement entamés par la demande estivale.

Voilà comment fonctionne une jolie petite mécanique absurde : la chaleur pousse les ménages vers l’eau en bouteille ; la chaleur pousse simultanément la consommation électrique ; le réseau déleste ; certaines lignes d’embouteillage s’arrêtent ; les bouteilles deviennent plus difficiles à trouver ; le consommateur qui en aperçoit six packs décide d’en prendre huit.

Bonjour la Tunisie. Tout va bien. Il reste précisément trois bouteilles derrière la caisse.

La profession prévoit une amélioration progressive à partir de septembre, grâce au recul attendu des températures et de la demande. Mais jusqu’au refroidissement, la tension dans certains commerces peut donc persister.

Carburants : la pénurie qui adore être annoncée avant d’exister

Et voici le secteur où la psychologie collective fait presque autant de dégâts que la logistique.

Le 20 août, une grève surprise de chauffeurs de camions-citernes a effectivement bloqué temporairement les sorties de carburant depuis Radès. Plusieurs stations du Grand Tunis ont connu de longues files d’attente. Le mouvement a été levé le jour même et les livraisons ont repris.

Mais plusieurs jours plus tard, des rumeurs de nouvelle grève ont suffi à faire remonter l’inquiétude.

Le 26 août, la Fédération générale du pétrole et des produits chimiques indiquait qu’aucune grève immédiate n’était en cours. Son secrétaire général, Slim Sehimi, a encore précisé dans la soirée que l’approvisionnement des stations se déroulait normalement et a explicitement demandé aux citoyens de ne pas faire la queue inutilement.

Le PDG d’Agil, Khaled Bettine, a lui aussi affirmé que les stocks étaient disponibles et qu’aucun problème national d’approvisionnement ne justifiait un afflux devant les pompes.

Une grève est désormais envisagée pour les 23 et 24 septembre, sous réserve de la procédure de préavis et surtout de l’issue des négociations. Nous sommes le 27 août.

Donc, pour cette semaine, le scénario le plus probable n’est pas celui d’une pénurie physique généralisée de carburant. Le danger immédiat est plus banal et presque plus tunisien : la file d’attente créée par la peur de la file d’attente.

Vingt automobilistes remplissent leurs réservoirs « au cas où », les vingt suivants voient vingt voitures attendre et comprennent qu’il doit forcément se passer quelque chose, puis cinquante autres arrivent pour ne surtout pas manquer ce qui, dix minutes auparavant, ne manquait pas.

L’économie comportementale enseignée directement sur le trottoir.

Et maintenant, le sabotage entre dans la météo

Comme la semaine manquait encore légèrement de complexité, le président Kaïs Saïed a affirmé mercredi soir que des investigations auraient établi le caractère prémédité de certaines coupures d’eau et d’électricité.

Le communiqué officiel rapporte cette accusation comme une conclusion d’enquêtes. Les éléments accessibles au public ne permettent toutefois pas, à ce stade, d’évaluer indépendamment les faits ou l’étendue exacte des incidents concernés.

Cela ne change pas les données techniques déjà documentées : la STEG fait face à des pointes de consommation très élevées et recourt officiellement au délestage ; la SONEDE a documenté plusieurs avaries de conduites.

La Tunisie dispose donc désormais de plusieurs explications simultanées. Chaleur. Saturation. Pannes. Infrastructures. Et, pour certaines interruptions selon la présidence, actes prémédités.

À défaut d’électricité, au moins les hypothèses ne manquent pas.

Conclusion — Le thermomètre devrait baisser. Les problèmes, moins vite.

Vendredi puis samedi devraient apporter une détente thermique relative. Cela devrait alléger progressivement la consommation électrique et, avec un décalage, aider le marché de l’eau minérale.

Mais un refroidissement de cinq ou six degrés ne répare pas une conduite, ne remet pas à niveau une centrale, ne renouvelle pas un réseau et ne supprime pas un conflit social.

La météo explique pourquoi le système souffre davantage cette semaine. Elle ne suffit pas à expliquer pourquoi il souffre aussi facilement.

Et c’est peut-être cela, la véritable mauvaise nouvelle que le journaliste fatigué doit encore écrire : le thermomètre redescendra. La fragilité, elle, restera branchée.

En bref

La Tunisie subit jusqu’à vendredi une nouvelle séquence de chaleur extrême, avec des pointes pouvant approcher 48°C. Les délestages électriques constituent le risque immédiat le mieux documenté, la STEG ayant déjà procédé à des coupures tournantes.

Les perturbations d’eau potable récentes tiennent aussi à des pannes de conduites, tandis que l’eau minérale reste sous tension avec une demande supérieure d’environ 30%.

Côté carburants, les stocks sont annoncés disponibles et aucune grève immédiate n’est prévue : les files actuelles relèvent surtout des craintes et des perturbations logistiques passées.