L’Assemblée générale des Nations Unies a adopté le 4 septembre 2026, à une écrasante majorité, la résolution “Corriger la carte”, marquant un tournant symbolique majeur dans l’histoire de la cartographie mondiale.

Porté par le Togo au nom du Groupe africain, ce texte vise à remédier aux distorsions cartographiques historiques qui minimisent la taille réelle du continent africain et du Sud global dans l’imaginaire collectif.

La résolution “A/80/L.104”, intitulée “Corriger la carte : rééquilibrer la représentation cartographique mondiale et promouvoir une représentation équitable des régions du monde, en particulier de l’Afrique”, a été approuvée par 164 voix (dont celle de la Tunisie) contre une , avec six abstentions. Elle encourage vivement les États membres, les institutions éducatives, les éditeurs et les géants du numérique à adopter des projections préservant les proportions réelles des territoires, telles que la projection “Equal Earth”.

Depuis le XVIe siècle, la projection de “Mercator” domine l’enseignement, les médias et les outils technologiques. Conçue à l’origine en 1569 par le géographe Gerardus Mercator pour faciliter la navigation maritime en préservant les angles, cette méthode déforme considérablement les superficies à mesure que l’on s’éloigne de l’équateur. Sous cette projection, le Groenland ou l’Amérique du Nord apparaissent disproportionnellement grands, tandis que l’Afrique, l’Amérique latine et l’Asie du Sud semblent rétrécies.

La projection “Equal Earth”, développée en 2018 et officiellement adoptée par l’Union africaine (UA) en février 2026, résout ce biais visuel en restituant la taille relative exacte des continents. Pour l’UA, qui a inscrit cette campagne dans une décennie d’action pour la justice et les réparations historiques (2026-2035), cette réforme représente un acte de “justice cognitive” et de “réparation mémorielle” face à l’héritage colonial.

La résolution n’a pas de portée juridique contraignante. Conformément à l’article 10 de la Charte des Nations Unies, l’Assemblée générale ne peut formuler que des recommandations aux États membres.

La diplomatie internationale a d’ailleurs veillé à dissocier rigoureusement représentation visuelle et souveraineté territoriale. L’Union européenne a expressément précisé dans son explication de vote que la résolution n’affectait en rien les frontières internationales, les délimitations maritimes ou le statut des territoires contestés.

En droit international, les cartes ne constituent que des éléments de preuve extrinsèques et ne sauraient faire foi de titre de souveraineté, comme l’a rappelé la Cour internationale de Justice (CIJ) dans sa jurisprudence sur les différends frontaliers, notamment entre le Burkina Faso et le Mali.

Toutefois, les répercussions pratiques de ce vote s’annoncent profondes. L’Assemblée générale a déjà décidé d’inscrire la promotion d’une cartographie juste à l’ordre du jour de sa 83e session.

À court terme, les changements les plus visibles interviendront dans les programmes scolaires et sur les cartes interactives des grandes plateformes technologiques, appelées par l’ONU à un dialogue constructif.

Contacté par TAP pour un éclairage sur cette résolution, le vice-président de la Société Astronomique de Tunisie, Hichem Yahia a indiqué que “ce rééquilibrage de la représentation cartographique mondiale respecte mieux les superficies réélles des continents et revet une grande importance pour la mémoire collective”.

” Il faut intégrer la nouvelle carte aux écoles et aux établissements scolaires en Tunisie et ailleurs en Afrique pour que les générations futures sachent les proportions réelles des territoires et partant ne se sous-estiment pas”, recommande le vulgarisateur scientifique tunisien. D’après lui, la projection “Mercator”, n’est pas fausse, mais elle était conçue pour préserver les angles et par conséquent faciliter la navigation maritime. Elle ne préserve pas, toutefois, les proportions réelles des territoires, telles que la projection “Equal Earth”.