Le projet du stade olympique d’El Menzah est souvent présenté comme ayant vu son coût passer de 95 à 480 millions de dinars. La hausse est spectaculaire, mais la comparaison doit être maniée avec prudence : le projet initial portait sur une rénovation, alors que les autorités parlent désormais d’une reconstruction complète. Surtout, le montant de 480 millions de dinars n’est pas confirmé comme coût définitif par les sources officielles accessibles.

Le chiffre de 95 millions de dinars correspond au montant attribué au premier marché selon L’Économiste Maghrébin, qui cite une source informée. D’autres informations publiées en 2024 situaient le budget du programme initial autour de 100 millions de dinars.

Ce chantier, lancé en juin 2022, devait initialement être achevé en novembre 2024. Mais son avancement n’atteignait qu’environ 20 % au printemps 2024. Le contrat a ensuite été résilié et les pouvoirs publics ont abandonné la logique d’une simple remise à niveau de l’enceinte.

Un projet qui a changé de nature

Depuis, les communications gouvernementales ne parlent plus de rénovation, mais de reconstruction du stade olympique d’El Menzah, dans le cadre notamment d’une coopération avec la Chine.

Ce changement de périmètre est essentiel pour comprendre les chiffres. Une rénovation structurelle d’un stade existant et une reconstruction globale avec de nouveaux équipements ne constituent pas deux opérations strictement comparables.

Le montant de 480 millions de dinars, équivalent à environ 180 millions de dollars, a été avancé par L’Économiste Maghrébin en août 2026. Mais les documents officiels consultés ne permettent pas, à ce stade, de confirmer qu’il s’agit du coût contractuel définitif du nouveau projet.

Un document parlementaire apporte en revanche un autre ordre de grandeur : des estimations initiales de 250 millions de dinars ont été évoquées pour la reconstruction. Ce montant pourrait correspondre à une partie du financement ou à une estimation antérieure, sans permettre de valider ou d’écarter définitivement le chiffre de 480 millions.

La question du coût du premier échec

Le véritable enjeu pour les finances publiques dépasse donc la simple comparaison entre 95 et 480 millions de dinars.

Pour mesurer le coût économique du dossier, il faudrait connaître les sommes effectivement versées dans le cadre du premier marché, la valeur des travaux devenus inutilisables, les éventuelles conséquences financières de la résiliation et le montant final de la reconstruction.

C’est sur ces données que pourra être évaluée la qualité de la gestion publique du projet.

En l’état, une conclusion s’impose : la dérive et le changement d’échelle du chantier sont établis, mais l’affirmation selon laquelle “le coût a quintuplé” reste insuffisamment démontrée. Le chiffre de 480 millions de dinars doit encore être confirmé par un document officiel, contractuel ou budgétaire précisant son périmètre et son mode de financement.