La Banque de Corée a relevé son taux directeur de 25 points de base, à 3,00 %, pour la deuxième réunion consécutive. Derrière ce resserrement se dessine un paradoxe : le boom mondial de l’intelligence artificielle dope les exportations coréennes de semi-conducteurs et améliore fortement les perspectives de croissance, mais il renforce aussi les pressions qui incitent la banque centrale à maintenir une politique monétaire restrictive.

L’intelligence artificielle est devenue l’un des principaux moteurs de l’économie sud-coréenne. Elle est désormais aussi, indirectement, l’une des raisons pour lesquelles le coût de l’argent augmente.

Jeudi 27 août, la Banque de Corée (BOK) a porté son taux directeur de 2,75 % à 3,00 %, après une première hausse de 25 points de base en juillet. Six des sept membres de son comité de politique monétaire ont soutenu la décision.

Le changement le plus spectaculaire se trouve toutefois dans ses nouvelles prévisions. La BOK table désormais sur une croissance du produit intérieur brut de 3,3 % en 2026, contre 2,6 % prévue en mai. Pour 2027, elle relève également son estimation de 2,1 % à 2,9 %.

Le boom des puces change l’équation

Cette révision tient largement à la vigueur inattendue du secteur des semi-conducteurs. Les investissements mondiaux dans les infrastructures d’IA alimentent la demande de composants avancés, domaine dans lequel la Corée du Sud dispose de champions comme Samsung Electronics et SK Hynix.

La BOK estime que les exportations et l’investissement devraient conserver un rythme élevé grâce aux semi-conducteurs, tandis que l’amélioration des revenus soutiendrait progressivement la consommation intérieure. Elle souligne toutefois que l’ampleur de la diffusion de cette manne technologique au reste de l’économie demeure incertaine.

C’est précisément là que le succès de l’IA complique la politique monétaire. Une croissance plus vigoureuse réduit l’urgence de soutenir l’activité par des taux bas et accroît, au contraire, le risque que les pressions sur les prix s’élargissent.

L’inflation annuelle a ralenti à 2,8 % en juillet, mais demeure supérieure à l’objectif de 2 % de la banque centrale. La BOK maintient sa prévision d’inflation moyenne à 2,7 % en 2026 et 2,3 % en 2027. L’inflation sous-jacente devrait, elle, atteindre 2,5 % cette année comme l’an prochain, davantage qu’anticipé en mai.

Immobilier et dette sous surveillance

La banque centrale ne regarde pas seulement les prix à la consommation. Elle continue de signaler des risques de stabilité financière, dans une économie où le marché immobilier et l’endettement des ménages restent sensibles au niveau des taux.

La Corée du Sud se retrouve donc face à une configuration inhabituelle : l’un de ses principaux avantages industriels nourrit simultanément la croissance, les investissements et la nécessité d’une politique monétaire plus ferme.

Pour Séoul, le prochain test sera de déterminer jusqu’où peut aller le cycle des semi-conducteurs. Si le boom de l’IA continue de se transmettre à l’investissement, aux revenus et à la demande intérieure, la croissance pourrait rester robuste. Mais ce même scénario donnerait également à la Banque de Corée davantage de raisons de maintenir les taux élevés — voire de les relever encore.

Le paradoxe coréen est ainsi installé : plus l’IA accélère l’économie, moins la banque centrale peut se permettre de l’accompagner avec de l’argent bon marché.