Pernod Ricard traverse une zone de turbulence qui dépasse le simple ralentissement conjoncturel. Le groupe français de spiritueux a clôturé son exercice 2025/2026 avec un chiffre d’affaires de 9,4 milliards d’euros, en baisse organique de 3,9 %. Mais derrière cette moyenne mondiale, deux marchés concentrent l’essentiel de la pression : les États-Unis, en recul de 14 %, et la Chine, en baisse de 19 %.

Le signal envoyé aux investisseurs est d’autant plus préoccupant que la faiblesse de ces deux marchés devrait se prolonger. Pour l’exercice 2026/2027, Pernod Ricard prévoit des ventes organiques globalement stables, avec de nouvelles baisses attendues aux États-Unis et en Chine. Le groupe estime également que sa croissance à moyen terme devrait se situer dans le bas de sa fourchette cible de 3 % à 6 %.

La Bourse a immédiatement sanctionné cette visibilité réduite : le titre a perdu plus de 6 % dans la matinée du 27 août.

Deux moteurs historiques en panne

Aux États-Unis, premier marché de Pernod Ricard, le groupe fait face à un ralentissement de la consommation de spiritueux, à une confiance des ménages plus faible et à des ajustements de stocks chez les distributeurs. La direction ne prévoit pas de véritable retour à la croissance avant la fin de son horizon stratégique 2029.

En Chine, la contraction est encore plus forte. Le ralentissement économique, la prudence des consommateurs et certaines contraintes réglementaires pèsent particulièrement sur les catégories premium, dont le cognac Martell.

Le contraste est révélateur : hors États-Unis et Chine, les ventes organiques du groupe ont progressé de 0,5 %. La faiblesse de Pernod Ricard est donc largement concentrée sur ces deux grandes économies.

Réduction des coûts et montée de l’Inde

Pour protéger sa rentabilité, Pernod Ricard accélère sa restructuration. Le groupe vise 1 milliard d’euros d’efficacités opérationnelles, dont environ la moitié a déjà été réalisée. Ses coûts de structure ont diminué de 8 % en organique sur l’exercice.

Alexandre Ricard a par ailleurs indiqué qu’environ 3 600 postes avaient été supprimés depuis l’exercice 2024. Il ne s’agit donc pas de 3 600 nouvelles suppressions annoncées cette semaine, mais d’un cumul lié au programme de rationalisation déjà engagé.

Dans le même temps, l’Inde prend une place croissante. Le pays est désormais devenu le deuxième marché mondial de Pernod Ricard, devant la Chine et derrière les États-Unis. Cette progression confirme le déplacement progressif du centre de gravité du groupe vers les marchés émergents.

Pour les investisseurs, la question centrale est désormais claire : l’Inde et les autres marchés en croissance pourront-ils compenser durablement la faiblesse américaine et chinoise, sans que les économies engagées n’affaiblissent l’investissement dans les marques ?

Chiffres clés- 9,4 milliards d’euros : chiffre d’affaires annuel
– -3,9 % : baisse organique des ventes
– -14 % : ventes aux États-Unis
– -19 % : ventes en Chine
– +0,5 % : ventes hors États-Unis et Chine
– Plus de 6 % : baisse du titre en séance
– 1 milliard d’euros : objectif d’économies opérationnelles
– -8 % : baisse organique des coûts de structure
– Environ 3 600 postes : suppressions cumulées depuis l’exercice 2024
– Inde : désormais deuxième marché mondial du groupe