Mauritanie drapeauL’entrée prochaine en exploitation de nouveaux projets miniers, combinée à la montée en puissance du gaz offshore, pourrait renforcer sensiblement la croissance mauritanienne. Le FMI prévoit déjà une accélération à 4,7 % en 2026 et une croissance moyenne proche de 5 % entre 2026 et 2029. Mais transformer le boom extractif en croissance durable dépendra de la capacité du pays à investir ces revenus dans le reste de l’économie.

La future mine d’or de Ghabou n’est qu’une pièce d’un puzzle beaucoup plus vaste. Fer, or, phosphate, uranium et gaz offshore donnent désormais à la Mauritanie une profondeur extractive rarement observée dans une économie de moins de cinq millions d’habitants.

L’enjeu est considérable. Selon la Banque mondiale, les industries extractives représentent déjà plus de 70 % des exportations et environ un cinquième du PIB mauritanien. Cette concentration explique pourquoi quelques mines et un projet gazier peuvent modifier rapidement la trajectoire macroéconomique du pays.

Jusqu’à un demi-point de croissance supplémentaire

Le FMI prévoit désormais une croissance de 4,7 % en 2026, contre 4 % en 2025, portée par le redressement de l’activité minière et la montée en régime du projet gazier Greater Tortue Ahmeyim (GTA). La croissance du secteur extractif devrait atteindre 6,3 %, contre 4,3 % pour l’économie non extractive.

À structure économique inchangée, et en retenant un poids des industries extractives proche de 20 % du PIB, l’écart de croissance entre les deux blocs suggère que l’accélération spécifique des mines et du gaz pourrait apporter environ 0,4 point de PIB supplémentaire en 2026. Il s’agit d’une estimation, et non d’une projection officielle.

L’effet pourrait devenir plus visible à moyen terme. Le FMI anticipe une croissance moyenne proche de 5 % entre 2026 et 2029, avec un pic à 5,7 % en 2028, grâce notamment au rebond attendu de l’or et du minerai de fer et aux exportations gazières.

Ghabou, le phosphate de Bofal et, à terme, l’uranium de Tiris pourraient encore élargir cette base. Mais toutes ces ressources n’auront pas le même impact : une mine supplémentaire augmente directement la production, tandis qu’une nouvelle filière comme le phosphate ou l’uranium peut aussi attirer des infrastructures, des services et éventuellement des activités de transformation.

Le véritable changement vient du gaz, pas du pétrole

Il faut toutefois préciser la nature des découvertes d’hydrocarbures mauritaniennes. Le principal potentiel récent n’est pas pétrolier mais gazier. La production de pétrole du champ de Chinguetti avait cessé en décembre 2017 après épuisement des réserves.

À l’inverse, GTA est entré en production en 2025. Ses ressources avaient été estimées par le FMI à environ 15 000 milliards de pieds cubes de gaz, tandis que la première phase vise environ 2,3 millions de tonnes de GNL par an.

Plus au nord, la découverte Orca-1 dans la zone de BirAllah a confirmé un potentiel supplémentaire considérable : Kosmos Energy estimait en 2019 jusqu’à 50 000 milliards de pieds cubes de gaz en place dans les structures alors explorées. Ce volume n’équivaut toutefois ni à des réserves commercialement récupérables ni à une production programmée.

Pour la Mauritanie, le scénario le plus crédible n’est donc pas celui d’un boom pétrolier classique, mais celui d’une économie où mines et gaz pourraient maintenir la croissance autour de 5 %, tout en renforçant les recettes publiques et les exportations. Le FMI estime déjà les recettes extractives autour de 3,6 % du PIB en 2026, avec une progression possible vers environ 5 % à la fin de la décennie.

Le véritable multiplicateur dépendra alors de l’utilisation de cette rente. Si les revenus financent énergie, infrastructures, formation et industrie locale, l’effet dépassera le seul secteur extractif. Sans cette transmission, la Mauritanie pourra afficher davantage d’exportations et de PIB sans obtenir une diversification économique proportionnelle.

EN BREF

  • Croissance en hausse : Le FMI prévoit une progression du PIB mauritanien à 4,7 % en 2026, puis une moyenne de 5 % entre 2026 et 2029.
  • Poids extractif : Les industries extractives représentent déjà plus de 70 % des exportations et près d’un cinquième du PIB.
  • Tournant gazier : Entré en production en 2025, le projet Greater Tortue Ahmeyim (GTA) supplante définitivement l’ancien cycle pétrolier.
  • Recettes publiques : Les revenus tirés du secteur extractif sont attendus à 3,6 % du PIB en 2026, avec un objectif de 5 % en fin de décennie.
  • Condition de succès : L’impact réel dépendra de l’investissement de la rente dans les infrastructures, l’énergie et la formation.