
Dans notre quartier, la scène est devenue suffisamment fréquente pour ne plus surprendre : entrer dans une épicerie, demander un pack d’eau — parfois simplement une bouteille — et repartir les mains vides. Un commerce n’en a plus. Le suivant attend sa livraison. Un troisième limite les quantités.
À Mahdia, le problème a pris une autre dimension pour un contact joint par téléphone. Parti passer quelques jours de vacances, il affirme avoir finalement écourté son séjour : coupures d’eau de la SONEDE, interruptions d’électricité et, au même moment, difficultés répétées pour trouver de l’eau minérale. Un témoignage individuel, qui ne permet évidemment pas de mesurer l’ampleur nationale du phénomène. Mais il dit quelque chose du niveau de tension auquel peut être confronté un ménage lorsque plusieurs réseaux défaillent simultanément.
La canicule a frappé une chaîne déjà fragile
Les professionnels évoquent une hausse de la demande d’environ 30 % durant les fortes chaleurs. Les réserves constituées avant l’été ont été rapidement entamées. Et lorsque certaines unités d’embouteillage ont subi des coupures électriques, la production n’a pas toujours redémarré instantanément : une ligne arrêtée doit parfois être contrôlée et remise en cadence.
Plus de 147 000 litres d’eau conditionnée ont parallèlement été saisis depuis la seconde moitié de juillet lors des opérations de contrôle du ministère du Commerce. Ces saisies témoignent de la tension commerciale, mais ne constituent pas la cause principale des difficultés d’approvisionnement.
Et si le problème venait aussi de la bouteille ?
Un autre maillon inquiète : le PET, le plastique servant notamment à fabriquer les préformes qui deviennent ensuite les bouteilles.
Des acteurs ont fait état de tensions sur l’approvisionnement en granulés de PET et de retards dans les chaînes logistiques internationales. L’association ALERT a notamment évoqué les perturbations du commerce maritime et les tensions autour du détroit d’Ormuz.
Ce lien avec Ormuz doit toutefois être manié avec précaution : il n’est pas, à ce stade, démontré par des données détaillées sur les cargaisons destinées à la Tunisie. La Chambre des producteurs indiquait début août qu’il n’existait pas encore de pénurie généralisée de plastique affectant directement la production, tout en reconnaissant que les stocks pouvaient diminuer dans certaines unités.
C’est précisément là que le signal devient préoccupant. Même lorsque l’eau est disponible à la source, encore faut-il de l’électricité pour la conditionner, des bouteilles pour la transporter, des camions pour la distribuer et des stocks suffisants pour absorber un pic de consommation.
L’été 2026 expose ainsi une chaîne de dépendances que le consommateur ne voit généralement pas. Jusqu’au jour où il ouvre son robinet, ne trouve pas d’eau — puis descend acheter une bouteille et découvre qu’elle aussi a disparu.
EN BREF
- Hausse de la demande : Un bond de 30 % de la consommation d’eau conditionnée enregistré par les professionnels durant les pics de canicule.
- Effet domino infrastructurel : Les coupures électriques et les interruptions du réseau SONEDE paralysent directement les chaînes d’embouteillage.
- Tensions sur l’emballage : Des retards logistiques internationaux et des tensions sur les granulés de PET menacent la production des bouteilles.
- Contrôles accrus : Plus de 147 000 litres d’eau conditionnée saisis par le ministère du Commerce depuis la seconde moitié de juillet.
- Vulnérabilité systémique : L’interdépendance entre électricité, eau, plastique et transport expose les ménages à des ruptures simultanées.


