Dinar LibyenMalgré 103 milliards de dollars d’actifs extérieurs détenus par la Banque centrale de Libye à fin février 2026, le dinar continue de subir de fortes tensions. Derrière ce paradoxe se dessine un déséquilibre plus profond entre les entrées de devises, les dépenses publiques et une demande de dollars alimentée par les importations et la faiblesse de la production locale.

À Tripoli, le ralentissement du marché des changes se lit jusque dans les vitrines. Dans le quartier de Dahra, certains cambistes ont commencé à vendre davantage d’or, signe d’une activité de change devenue moins rentable. Le phénomène est révélateur d’un malaise plus large : la devise américaine reste recherchée, mais l’accès aux circuits officiels ne suffit pas à absorber la demande.

Le paradoxe libyen est pourtant frappant. À fin février 2026, les actifs extérieurs de la Banque centrale atteignaient environ 103 milliards de dollars, contre 95,6 milliards fin 2024. Un matelas considérable, qui devrait en théorie rassurer les marchés.

Mais le niveau des réserves ne suffit pas à expliquer la solidité d’une monnaie. Ce qui compte aussi est le rapport entre les devises qui entrent dans le pays et celles qui en sortent.

Sur les deux premiers mois de 2026, les recettes pétrolières et royalties transférées à la Banque centrale ont atteint environ 2,2 milliards de dollars, tandis que les utilisations de devises se sont élevées à 4,2 milliards. Le déficit de flux approche donc 2 milliards de dollars en seulement deux mois. La Banque centrale a indiqué avoir couvert cet écart grâce aux revenus de ses placements, notamment les dépôts, les obligations et l’or.

La dépense publique nourrit la demande de dollars

Le problème se situe aussi du côté budgétaire. Les recettes publiques ont atteint 14,43 milliards de dinars sur janvier et février, contre 6,55 milliards de dépenses enregistrées. Mais les salaires ont absorbé à eux seuls près de 5,8 milliards de dinars, sans même intégrer l’ensemble des rémunérations de février.

Dans une économie où l’offre locale reste limitée, une part importante de cette liquidité se transforme en consommation de biens importés. Autrement dit, davantage de dinars injectés dans l’économie génèrent indirectement davantage de demande de dollars.

La Banque centrale se retrouve ainsi à défendre la monnaie dans un environnement où elle ne contrôle pas l’ensemble des facteurs à l’origine de cette pression : dépenses publiques fragmentées, dépendance aux hydrocarbures, coût des importations et faiblesse de la production non pétrolière.

Une crise qui dépasse le gouverneur

La demande de démission du gouverneur Naji Issa, déposée en août, intervient dans ce contexte tendu. Mais les informations disponibles ne permettent pas d’établir un lien direct entre sa décision et la crise du dinar.

Le problème apparaît surtout structurel. Une banque centrale peut gérer les réserves, la liquidité et l’accès aux devises. Elle ne peut cependant compenser durablement une politique budgétaire expansionniste, des dépenses mal coordonnées et un écart persistant entre les entrées et les sorties de devises.

Pour la Libye, le véritable test sera donc moins le niveau nominal de ses réserves que sa capacité à réduire ce déséquilibre, à mieux encadrer la dépense publique et à rétablir une publication régulière des données financières.

Chiffres clés

  • 103 milliards de dollars — actifs extérieurs de la Banque centrale fin février 2026
  • 95,6 milliards de dollars — niveau enregistré fin 2024
  • 2,2 milliards de dollars — recettes pétrolières et royalties transférées sur janvier-février 2026
  • 4,2 milliards de dollars — utilisations de devises sur la même période
  • ≈ 2 milliards de dollars — déficit de flux en devises sur deux mois
  • 14,43 milliards de dinars — recettes publiques sur janvier-février
  • 6,55 milliards de dinars — dépenses enregistrées
  • 5,8 milliards de dinars — dépenses salariales comptabilisées