La diva libanaise Majda El Roumi a clôturé en apothéose, mercredi soir, la 60e édition du Festival international de Carthage devant un amphithéâtre romain qui affichait complet lors d’une soirée suspendue entre mémoire et nostalgie.
Pour ce concert de clôture, un privilège qu’elle avait qualifié de « grand honneur », les gradins ont été pris d’assaut par des milliers de spectateurs. Malgré les difficultés d’organisation liées à une telle affluence, la ferveur est restée intacte et des milliers de spectateurs ont occupé les gradins et les moindres espaces disponibles, réunissant un public jeune et plusieurs générations de fidèles de la chanteuse.
Sous les ovations d’une foule enthousiaste, l’artiste a partagé son émotion : « Vous m’avez manqué, vous êtes toujours dans mon cœur ». Saluant son public tunisien dont l’amour coule en elle « comme le sang dans les veines », elle a comparé la soirée à une fête de mariage : « Ce soir, j’ai envie de briser les règles, de chanter avec vous, et de célébrer le bonheur, la bonté et la paix. »
Fidèle à cette promesse de communion, Majda El Roumi a puisé essentiellement dans les titres les plus connus de son répertoire, alternant ses grands succès avec plusieurs hommages au patrimoine musical tunisien.
Le voyage musical s’est déployé à travers « Am Yassalouni Alayk El Nas » (Les gens m’interrogent sur toi), écrit par le poète libanais Maroun Karam et composé par Nour Al Mallah. Ce titre, associé aux premiers grands succès de la chanteuse, a installé d’emblée une atmosphère de nostalgie et de romantisme.
Sa prestation a également mis à l’honneur un autre succès de son registre romantique avec « Khidni Habibi » (Prends-moi, mon amour), titre de 1980 écrit par le poète Henri Zoghaib et composé par Nour Al Mallah. Dans cette chanson, la voix de Majda El Roumi a ravivé le souvenir des premières promesses amoureuses et d’une époque où son style s’ancrait déjà dans la grande tradition de la chanson romantique arabe.
Le fil de la passion s’est poursuivi avec « Ismaa Albi » (Écoute mon cœur), titre de 1991 dont Majda El Roumi a signé les paroles sur une composition du regretté Ihsan Al Mounzer. Cette œuvre instaure un climat plus intimiste, nourri par une interprétation qui laisse vibrer toute l’ardeur et l’élan de la passion amoureuse.
Au cœur de ce répertoire figure aussi l’un de ses tubes emblématiques, « Ma Hada Behaddi » (Personne ne peut prendre ta place), une œuvre écrite par Anwar Salman et composée par Melhem Barakat. Classique incontournable de son répertoire au succès intemporel, ce chef-d’œuvre a marqué l’histoire de la musique arabe moderne par son intensité dramatique et la puissance de sa composition.
L’apothéose de ce registre a été atteinte avec « Kalimat » (Des mots), titre légendaire de sa carrière sur un texte du poète Nizar Qabbani. « Il me dit lorsqu’il me fait danser… Des mots différents des mots… des mots qui me font survoler dans les nuages » : des paroles d’un romantisme absolu à travers lesquelles l’icône de la chanson arabe a suspendu le temps à Carthage.
L’artiste libanaise entretient avec la scène de Carthage une longue histoire qui remonte à 1980. Si le poids des ans a inévitablement transformé la gestuelle de la chanteuse, aujourd’hui septuagénaire, il n’a pas altéré sa voix ample, sa présence scénique et sa capacité à établir une relation directe avec son public.
En hommage à la Tunisie, Majda El Roumi a interprété sa chanson « Asslama ya Tounes Asslama » (Salut à toi Tunisie, salut) avant de s’approprier « Lamouni Elli Garou Menni » (Ils m’ont blâmé, ceux qui m’ont envié) de Hédi Jouini. En apportant son interprétation lyrique à ce classique, la chanteuse a fait résonner dans l’amphithéâtre une mélodie profondément ancrée dans la mémoire musicale locale.
Poursuivant son exploration du patrimoine tunisien, elle a ensuite interprété le classique « Ya Nassia El Miaad » (Ô toi qui as oublié le rendez-vous), revisitant le répertoire de Saliha et faisant entendre toute la mélancolie d’un rendez-vous manqué.
Au-delà de la performance, cette soirée a rappelé la place singulière occupée par Carthage dans l’histoire de la chanson arabe. Au fil des décennies, l’amphithéâtre romain est devenu une scène de référence pour les grandes voix de la région, notamment libanaises, accueillant des générations d’artistes venus inscrire leur voix dans un lieu chargé d’histoire.
Entre les mélodies tunisiennes et les grands titres de son répertoire, la diva libanaise a offert au public une soirée placée sous le signe de la mémoire, de la fidélité et de la transmission, refermant la saison estivale sur une note empreinte de mémoire et d’émotion.
Par Fatma Chroudi



