Coupures d’eau potable, pannes d’électricité et chaleur estivale ont placé les services essentiels au centre de la contestation en juillet 2026. Sur les 1 101 mouvements sociaux recensés par l’Observatoire social tunisien, 678 ont été motivés par ces deux seules préoccupations. Un basculement révélateur : la protestation ne vient plus seulement du monde du travail, mais de plus en plus des conditions de vie quotidiennes.

En juillet, il a parfois suffi d’un robinet à sec ou d’une coupure de courant pour faire monter la tension. Dans plusieurs régions, l’eau et l’électricité sont devenues bien davantage que des sujets techniques : elles se sont imposées comme des motifs directs de protestation.

L’Observatoire social tunisien, relevant du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux, a recensé 1 101 mouvements de protestation durant le mois, contre 867 en juin. La hausse atteint ainsi environ 27 %. Selon l’Observatoire, il s’agit du niveau le plus élevé enregistré pour un mois de juillet depuis dix ans.

L’eau et l’électricité en tête

Le détail des revendications est particulièrement parlant. Les interruptions d’eau potable ont été à l’origine de 373 mouvements, tandis que les coupures d’électricité en ont provoqué 305.

Au total, 678 mobilisations ont donc concerné directement ces deux services essentiels. Plus de six mouvements sur dix.

Cette proportion change la lecture de la contestation sociale. Les revendications liées à l’emploi, aux conditions de travail ou au paiement de salaires demeurent importantes, avec 210 mouvements recensés. Mais, en juillet, elles passent derrière des préoccupations beaucoup plus immédiates : avoir de l’eau, disposer d’électricité, pouvoir traverser une période de forte chaleur dans des conditions supportables.

Car une coupure n’a pas les mêmes conséquences en plein été qu’en période normale. Elle affecte la conservation des aliments, le fonctionnement des commerces, l’irrigation, l’hygiène et, dans certains foyers, tout simplement la possibilité de se rafraîchir.

Une colère largement territorialisée

Aucun des 24 gouvernorats n’a été épargné par les mouvements recensés. Tunis arrive en tête avec 166 protestations. Kairouan et Monastir suivent avec 67 mouvements chacun, devant Manouba, qui en compte 59.

Mais le plus significatif est peut-être ailleurs. Les habitants eux-mêmes sont devenus les principaux acteurs de la mobilisation. L’Observatoire leur attribue 746 mouvements, soit près des deux tiers du total.

On est donc moins dans une protestation structurée uniquement autour de catégories professionnelles que dans une multiplication de réactions locales, souvent liées à une difficulté concrète et immédiate.

Le numérique amplifie ce phénomène. Vidéos montrant des coupures, témoignages, messages adressés aux autorités ou appels à intervenir ont accompagné environ 670 mouvements selon le rapport.

Quand le service public devient le sujet

Les protestations ont principalement visé les ministères, les administrations locales, les municipalités et les entreprises publiques chargées notamment de l’eau et de l’électricité.

Le message qui ressort du mois de juillet est finalement assez simple : dans un contexte de chaleur, de tension sur les réseaux et de fragilité de certaines infrastructures, la continuité des services essentiels devient elle-même une question sociale.

Ce n’est donc pas seulement le nombre de mouvements qui frappe. C’est ce qu’ils disent.

Quand l’eau ne coule plus et que l’électricité devient incertaine, la contestation quitte les seuls lieux de travail pour entrer directement dans les foyers.

Les chiffres clés

82,05 % — part des hommes parmi les auteurs de violence documentés par l’Observatoire en juillet.
47 % — part des hommes parmi les victimes ; 25 % pour les femmes.
64,1 % — part cumulée des violences physique, financière et structurelle/organisée.
4 décès suspects — nombre documenté dans les prisons en juillet par Intersection.
Plus de 200 % — niveau d’occupation attribué à certains établissements par des organisations de défense des droits ; donnée non confirmée dans les sources administratives récentes consultées.
1 101 — mouvements de protestation recensés en juillet par l’Observatoire social tunisien.