L’Institut National de la Statistique vient de publier deux indicateurs clés pour le premier semestre 2026 : la croissance et le chômage. Les chiffres révèlent une reprise encourageante mais fragile, et un marché du travail en tension.
Au deuxième trimestre 2026, le PIB réel a progressé de 2,3 % en glissement annuel. Plus intéressant encore, il a augmenté de 1,4 % par rapport au premier trimestre, après correction des variations saisonnières.Ce chiffre marque un tournant : après une longue période de stagnation, l’économie tunisienne retrouve un certain élan. La question devient désormais : d’où vient cette croissance, est-elle durable et créatrice d’emplois ?
D’où vient la croissance ?
Les comptes sectoriels détaillés préciseront la contribution de chaque branche. Mais il est probable que l’agriculture — notamment la campagne oléicole —, les industries exportatrices, le secteur offshore et certains services aient porté cette reprise.
Cela confirme que la Tunisie conserve des secteurs capables de produire, exporter et générer des devises. Le défi reste d’élargir cette dynamique à l’investissement, aux PME, au bâtiment et à l’économie intérieure pour que la croissance devienne créatrice d’emplois.
Le paradoxe : l’économie progresse… mais l’emploi recule
Le taux de chômage est passé de 15 % à 14,9 %. À première vue, une bonne nouvelle. Mais derrière ce chiffre, la réalité est plus nuancée :
• La population active a reculé de 77 500 personnes.
• Le nombre d’occupés a diminué de 58 200 emplois en trois mois.
• Le nombre de chômeurs a baissé de 19 300 personnes.
Autrement dit, la baisse du chômage ne traduit pas une création d’emplois, mais une contraction du marché du travail.
Pourquoi le nombre de chômeurs diminue-t-il ?
Plusieurs explications : émigration, découragement des demandeurs d’emploi, vieillissement et retraites. Le taux d’activité est passé de 45,9 % à 44,7 % en trois mois.
Autre signal préoccupant : le chômage des diplômés du supérieur est monté à 26,6 %, atteignant 35,6 % chez les femmes diplômées.
Une croissance de 2,3 % : encourageante… mais insuffisante
Si 2,3 % est préférable à la stagnation, cela reste trop faible pour financer infrastructures, énergie, eau, éducation, santé, moderniser les entreprises publiques et relancer l’investissement.
La question n’est plus seulement : le PIB augmente-t-il ?
Mais : l’économie progresse-t-elle assez vite pour dépasser le poids de la dette et des intérêts ?
Avec une croissance réelle autour de 2 % à 2,5 %, la Tunisie avance, mais la dette risque d’avancer plus vite encore.
Il existe pourtant de vraies raisons d’espérer
La Tunisie conserve des atouts majeurs : agriculture performante, industrie exportatrice intégrée aux chaînes européennes, potentiel touristique, compétences humaines reconnues, position géographique stratégique et immense potentiel en énergies renouvelables.
L’objectif est une croissance durable de 5 % et plus, tirée par l’investissement, l’innovation et les infrastructures, et surtout capable de créer massivement des emplois.
Les chiffres adressent deux messages :
• Espoir : la croissance revient, la dynamique est réelle.
• Prudence : l’emploi recule, la population active se contracte, le chômage des diplômés augmente et la dette reste lourde.
La Tunisie avance, mais trop lentement. Le défi est clair : que la croissance progresse plus vite que la dette, que l’investissement dépasse la consommation et que la création d’emplois surpasse l’émigration. C’est à cette condition que la croissance cessera d’être un simple pourcentage statistique pour devenir une amélioration concrète du revenu, de l’emploi et du niveau de vie des Tunisiens.
Par Abdelbasset Sammari


