Faisant, apparemment, de la propagande pour son pays, l’ambassade de Suède en Tunisie a rappelé, le 27 juillet 2026, dans une publication,  une des plus récentes distinctions internationales de ce pays scandinave, celle  d’avoir glané, cette année, la première place au classement mondial de la qualité de vie du Best Countries Index 2026.

Dans cette publication, l’ambassade fait ressortir les quatre atouts qui lui ont valu cette distinction : un niveau de vie élevé, des services publics de qualité, un fort niveau de confiance sociale ainsi qu’un environnement favorable à l’innovation et à l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée.

La performance suédoise est le fruit d’une vision à long terme

L’ambassade estime que cette performance n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat « d’une vision à long terme qui place l’être humain au cœur du développement » et qui repose sur des valeurs telles que le bien-être, l’égalité et la durabilité, présentées comme les fondements de sociétés prospères et résilientes face aux défis de demain.

Cet excellent classement de la Suède a été rendu public au mois de mai dernier lors de la publication de l’édition 2026 du classement “Best Countries” publié par le média américain Us News  & World Report, en partenariat avec BAV Group et la Wharton School.

Dans cette édition,  la Tunisie a été classée 77ème  sur un total d’une centaine de pays étudiés.

Par delà la fierté légitime dont la représentation diplomatique suédoise en Tunisie cherche à tirer de cet excellent classement et à en faire une grande publicité, nous sommes tentés, quelque part, par curiosité, de nous interroger sur le timing de son rappel en cette période estivale  où la qualité de vie en Tunisie a connu son plus bas niveau depuis l’accès du pays à l’indépendance. Et pour cause.

La faillite de l’Etat tunisien et de ses opérateurs publics

Par l’effet d’une canicule exceptionnelle d’une semaine (bien d’une semaine), l’Etat tunisien a montré des fragilités infamantes à travers l’incapacité criante des opérateurs publics, la STEG et la SONEDE, à gérer ce choc climatique.

Ces entreprises publiques,  payées par le contribuable et chargées « en principe » d’aider la population à surmonter de façon minimale et décente la crise,  ont failli, de manière éhontée,  à leur mission.

Pis, elles ont aggravé la situation en gérant de manière scandaleuse les pénuries d’eau et d’électricité avec comme corollaires, des coupures sans préavis d’eau et d’électricité à plusieurs reprises dans la journée, des morts (on parle de centaines dont bon nombre dans des ascenseurs bloqués), des pertes économiques catastrophiques particulièrement, pour les entreprises qui opèrent dans l’industrie et dans les filières du froid industriel et commercial (fabricants, installateurs, utilisateurs, aviculteurs, restauration, hôtellerie…).

Plus grave encore, ces opérateurs publics ont fait prévaloir une indécence et un banditisme indigne d’un prestataire d’un service public. Sinon comment expliquer le flou déroutant des avis de coupures d’eau et d’électricité. Selon les opérateurs économiques « les avis publiés sont tardifs, non définitifs, régulièrement révisés dans la journée, et ne permettent à aucune entreprise de s’organiser en amont». C’est tout simplement la confusion totale.

Point d’orgue de ce manque de précision et de communication honteux, une mise en garde provocante qui accompagne les avis de coupures.  Ainsi, la STEG précise, régulièrement,  dans ses communiqués, que « le courant sera rétabli sans préavis et souligne que la liste des localités publiée n’est pas définitive, d’autres zones pouvant être concernées au cours de la soirée». Avec cette mise en garde, on imagine l’ampleur des dégâts que ces coupures et rétablissements du courant électrique peuvent occasionner aux équipements électroménagers et aux aliments stockés dans les réfrigérateurs.

Morale de l’histoire : les opérateurs publics, la steg et la Sonede, qui ont fait subir aux tunisiens toutes catégories confondues, les pires exactions ont prouvé qu’ils n’ont aucun respect pour l’homme tunisien, et ce,  avec la complicité d’un gouvernement incompétent.

Sinon comment expliquer le soutien officiel qu’a apporté le ministre de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie, Slah Zouari au personnel de la STEG. Le ministre a salué « les efforts “exceptionnels” déployés par les agents et les cadres de la STEG pour faire face au pic de consommation électrique enregistré durant la période estivale, dans un contexte marqué par une vague de chaleur exceptionnelle et une forte pression sur le réseau national ».

Le rappel de cet exploit serait un message indirect pour les tunisien

Pour revenir à la publication précitée de l’ambassade de Suède en Tunisie, il nous semble- bien il nous emble- y déceler un message pour les tunisiens.

Dans ce message, la représentation diplomatique a cherché à nous rappeler à travers la distinction de la Suède en tant que meilleur pays du monde en matière de qualité de vie ce que devrait être un véritable Etat stratège digne de ce nom. Un Etat qui une vision et qui se préoccupe, en priorité,  du bien être de ses citoyens.

Indirectement, il nous fait comprendre que l’Etat tunisien, au regard des défaillances constatées,  n’est pas un Etat de droit et des institutions. Compte tenu de l’absence de vision, l’Etat actuel est un Etat de non droit où tous les abus sont permis : tolérance de l’incompétence et de l’impunité à tous les niveaux,  violation systématique des droits de l’hommes et des lois, manipulation malveillante de la Constitution, absence d’indépendance de la justice, absence de presse libre et responsable, marginalisation du parlement…

C’est pour dire que le message de l’ambassade de Suède en Tunisie qui, nous l’imaginons du moins, a subi les mêmes désagréments des coupures d’eau et d’électricité que le reste des tunisiens, est très clair : on ne s’improvise pas un Etat moderne. Un Etat stratège prévenant ça se construit à la faveur d’une vision sur le long terme. C’est hélas loin d’être le cas en Tunisie.

A bon entendeur !!!

Abou SARRA