La Tunisie ne manque pas d’actifs. Elle manque d’une vision consolidée de son patrimoine et d’une stratégie permettant de transformer ce patrimoine en richesse productive. Depuis des décennies, le débat économique se limite presque exclusivement au budget de l’État, au déficit public et à la dette.

Or, aucun chef d’entreprise ne prendrait des décisions stratégiques en analysant uniquement son compte de résultat, sans connaître la valeur de ses actifs, de ses passifs et de ses capitaux propres.

L’État tunisien devrait appliquer exactement le même principe.

Premier pilier

Adopter les normes comptables internationales du secteur public (IPSAS)

La Tunisie devrait engager progressivement l’ensemble de ses administrations publiques dans l’application des normes comptables internationales du secteur public (IPSAS).

L’objectif est de passer d’une comptabilité essentiellement budgétaire à une comptabilité patrimoniale permettant de connaître avec précision :

  • la valeur réelle des actifs publics ;
  • l’ensemble des engagements de l’État ;
  • les dettes consolidées ;
  • les capitaux propres de la Nation.

Deuxième pilier

Publier chaque année le bilan consolidé de l’État

Au même titre que la Loi de Finances, le Gouvernement devrait publier chaque année un Bilan Consolidé de l’État Tunisien regroupant :

  • l’État ;
  • les entreprises publiques ;
  • les collectivités territoriales ;
  • les caisses sociales ;
  • les établissements publics.

Ce document deviendrait la référence nationale pour évaluer la solidité financière réelle du pays.

Troisième pilier

Réévaluer le patrimoine public

Mettre en place un cadastre numérique national recensant et valorisant l’ensemble des actifs publics.

La richesse existe déjà.

Encore faut-il la mesurer correctement.

Quatrième pilier

Compenser toutes les créances croisées

Éliminer les dettes internes entre organismes publics afin de présenter une situation financière consolidée reflétant la réalité économique plutôt que l’empilement de créances administratives.

Cinquième pilier

Mobiliser la Banque Centrale au service de l’investissement productif

Une fois le bilan consolidé assaini, la Banque Centrale pourrait intervenir de manière exceptionnelle pour financer exclusivement des investissements productifs répondant à cinq critères :

  • forte valeur ajoutée ;
  • contenu local maximal ;
  • faible contenu importé ;
  • rendement économique supérieur au coût du financement ;
  • création d’actifs publics générateurs de croissance.

L’objectif est de financer :

  • les infrastructures ferroviaires ;
  • les autoroutes stratégiques ;
  • les barrages ;
  • les réseaux d’eau ;
  • les centrales électriques ;
  • les infrastructures numériques ;
  • les plateformes logistiques.

Jamais les dépenses courantes.

Une nouvelle doctrine économique

Cette approche change profondément la manière de penser les finances publiques.

On ne pilote plus uniquement :

  • le déficit ;
  • la dette ;
  • les recettes fiscales.

On pilote également :

  • la valeur du patrimoine national ;
  • les capitaux propres consolidés de l’État ;
  • le rendement des actifs publics ;
  • la richesse nette de la Nation.

La question fondamentale n’est plus seulement :

« Combien devons-nous ? »

Elle devient également :

« Que possédons-nous réellement, quelle est la valeur de ce patrimoine et comment le transformer en croissance durable ? »

C’est cette vision qui permettra à la Tunisie de sortir progressivement d’une logique de gestion de la pénurie pour entrer dans une logique de création de richesse.

Un État moderne ne gère pas uniquement son budget. Il gère son patrimoine, optimise son bilan et investit dans l’avenir.