La célèbre chanteuse syrienne Mayada El Hennawy a fait son retour jeudi soir sur la scène du théâtre antique de Carthage après 21 ans d’absence, à l’occasion de la 60e édition du festival international de Carthage.

La première partie de cette soirée consacrée au tarab a été assurée par son compatriote Mohamed Khairy.

Dans un théâtre antique quasiment complet, le public a accompagné les artistes tout au long de la soirée en reprenant les refrains et en chantant en chœur.

Accompagnée par la Troupe nationale de musique sous la direction du maestro Youssef Belhani, Mayada El Hennawy a interprété ses principaux succès, dont « Habina We Ithabbina », « El Hob Elli Kan » et son titre phare « Ana Baachaak ».

Si sa présence scénique a été largement saluée, la prestation vocale de la chanteuse, aujourd’hui âgée de 66 ans, a parfois laissé transparaître les effets du temps, notamment dans certaines séquences du concert.

Interrogée par les médias, l’artiste a exprimé sa satisfaction de chanter à nouveau en Tunisie, estimant que la chanson classique traverse le temps lorsque les paroles et les mélodies sont ciselées.

Surnommée « la cantatrice de la génération » (Motribat Aljil) par le grand maître Mohammed Abdel Wahab, Mayada El Hennawy s’est imposée comme une figure incontournable du tarab au cours d’une carrière marquée par ses débuts au Caire, avant d’être interdite de séjour en Égypte pendant treize ans. Cette contrainte l’a amenée à enregistrer ses plus grands succès depuis Damas avec de grands compositeurs égyptiens, à l’instar de Baligh Hamdi, qui a signé ses œuvres emblématiques, de Riad Al Sunbati ou encore de Mohamed El Mougy.

Le jeune chanteur Mohamed Khairy a ouvert la soirée pendant une heure pour sa première performance solo à Carthage, où il avait chanté à 17 ans comme choriste du maître disparu Sabah Fakhri.

Accompagné par le maestro libanais Mazen Zoueidi, l’artiste qui mène une carrière professionnelle depuis sept ans a mêlé les chants traditionnels d’Alep (Qoudoud Halabiya) à des œuvres de Sayed Darwich. Pour son dernier titre « Khamrat Al Hob », il arborait une jebba tunisienne en hommage au patrimoine vestimentaire national.

Interrogé par l’agence TAP, Mohamed Khairy a expliqué que sa nouvelle chanson « Wijhat Nadhar », diffusée sur les écrans avant le spectacle, n’avait pas pu être jouée en direct faute de temps pour les répétitions. Il a précisé avoir privilégié des œuvres connues pour ce passage de courte durée, tout en qualifiant sa présence aux côtés de Mayada El Hennawy d’« honneur et de responsabilité » symbolisant la transmission intergénérationnelle.

Cette soirée à Carthage s’inscrit dans une relation ancienne de l’artiste et le public tunisien. L’icône du tarab est entrée dans les foyers tunisiens dès ses débuts grâce à ses multiples apparitions sur la télévision nationale, notamment dans la célèbre émission dominicale de variétés « Law Samahtom » animée par la figure emblématique des médias tunisiens, le regretté Néjib Khattab.

Elle confirme l’attachement du public qui a grandi au rythme de ses chansons et la place singulière qu’elle continue d’occuper dans la mémoire collective tunisienne.