Principaux Barrages Tunisie Après plusieurs années de sécheresse, les pluies de la saison 2025-2026 ont nettement relevé le niveau des barrages tunisiens. Le pays dispose ainsi d’une marge plus confortable pour l’eau potable et l’irrigation. Mais l’envasement des retenues, l’inégale répartition géographique des ressources et les pertes dans les réseaux continuent de limiter l’efficacité du système.

Les barrages tunisiens ont retrouvé de l’eau, mais pas encore une sécurité durable.

Au début de mai 2026, leurs réserves approchaient 1,56 milliard de mètres cubes, soit un taux de remplissage national d’environ 67 %. À la mi-juin, après le début de la saison chaude et la progression de la consommation, ce taux était estimé autour de 60 %. La situation tranche avec celle observée à la fin de 2024 et durant une grande partie de 2025, lorsque plusieurs retenues avaient atteint des niveaux critiques.

Cette amélioration donne au pays un répit opérationnel. Elle permet de mieux sécuriser l’alimentation des villes, de soutenir certains périmètres irrigués et de réduire la pression immédiate sur des nappes souterraines déjà surexploitées.

Elle ne modifie toutefois pas la nature du problème. Les barrages tunisiens restent alimentés par une pluviométrie très irrégulière, concentrée principalement dans le Nord et le Nord-Ouest. Une bonne saison peut rapidement relever les réserves. Deux ou trois années sèches successives peuvent tout aussi vite ramener le système sous tension.

Un parc concentré dans le Nord

Le dernier rapport national sectoriel accessible recense 36 barrages exploités, représentant une capacité totale de retenue d’environ 2,313 milliards de mètres cubes. Un autre rapport national, fondé sur un périmètre légèrement différent, fait état de 37 barrages mis en eau et d’une capacité totale de 2,285 milliards de mètres cubes. L’écart tient notamment à l’année de référence, au statut des ouvrages et à la distinction entre capacité initiale, capacité utile et barrage effectivement exploité.

L’essentiel de cette capacité est situé dans les bassins septentrionaux. Sidi Salem, sur la Medjerda, constitue la pièce centrale du dispositif. Autour de lui s’organisent notamment les barrages de Sidi El Barrak, Sejnane, Joumine, Bou Heurtma, Kasseb, Barbara et Mellègue.

Cette concentration géographique explique l’importance des infrastructures de transfert. L’eau captée dans les régions les plus arrosées doit être acheminée vers le Grand Tunis, le Cap Bon, le Sahel et, dans certaines configurations, jusqu’à Sfax.

Le barrage n’est donc qu’un maillon d’une chaîne plus large. Entre la retenue et le consommateur interviennent des canaux, des conduites, des stations de pompage, des réservoirs de régulation et des réseaux de distribution. Une défaillance sur l’un de ces maillons peut réduire l’effet d’un ouvrage pourtant correctement rempli.

Pour les régions productrices, cette organisation soulève aussi une question territoriale : comment concilier le transfert vers les grands centres de consommation avec les besoins agricoles et sociaux des zones où l’eau est collectée ?

Des réserves en nette reprise

L’année hydrologique 2025-2026 a profondément amélioré le bilan des retenues. Au 30 mars 2026, le taux national de remplissage avait atteint 58 %. Il a ensuite progressé jusqu’à environ 67 % après les pluies du printemps, avant de revenir autour de 60 % en juin.

La progression n’a cependant pas été uniforme. Les barrages du Nord, qui concentrent l’essentiel des capacités, ont bénéficié des apports les plus importants. Certains ouvrages du Cap Bon ont également connu des niveaux élevés. Le Centre est resté plus vulnérable, avec des retenues structurellement moins importantes et des apports plus irréguliers.

Ces écarts ont des conséquences directes sur l’agriculture. Dans les périmètres irrigués, le niveau des barrages influence les quotas d’eau, le choix des cultures et la capacité des exploitants à engager leurs dépenses de campagne.

Une réserve élevée ne garantit pas pour autant une distribution illimitée. Durant l’été, les prélèvements augmentent tandis que les apports ralentissent. L’évaporation s’accélère également sous l’effet des températures élevées. La baisse enregistrée entre le pic du printemps et la mi-juin illustre ce fonctionnement saisonnier, sans signifier à elle seule un retour immédiat à la pénurie.

L’envasement efface une partie des capacités

Le principal risque à long terme est moins visible que la baisse quotidienne du niveau d’une retenue : il se trouve au fond des barrages.

Les sédiments transportés par les oueds s’accumulent progressivement derrière les ouvrages et réduisent le volume disponible. Le rapport national du secteur de l’eau pour 2021 estimait l’envasement des grands barrages à environ 675 millions de mètres cubes, sur une capacité initiale proche de 2,988 milliards. Cela représente une perte moyenne de l’ordre de 23 % par rapport au volume initial des ouvrages étudiés.

Les travaux préparatoires de la stratégie Eau 2050 évaluent par ailleurs la perte moyenne de capacité due à la sédimentation à environ 22 millions de mètres cubes par an, tous barrages confondus. À ce rythme, une partie des capacités ajoutées par les nouveaux projets sert en pratique à compenser l’érosion progressive du parc existant.

Le phénomène pose une équation économique difficile. Construire un nouveau barrage exige plusieurs centaines de millions de dinars, des études, des expropriations et plusieurs années de travaux. Protéger les bassins versants, limiter l’érosion des sols ou relever certains ouvrages peut être moins visible politiquement, mais parfois plus rentable sur la durée.

Le curage demeure techniquement complexe et coûteux pour les grandes retenues. La prévention passe notamment par le reboisement, la stabilisation des sols, les aménagements antiérosifs et une meilleure gestion des terres en amont.

Barrages en chantiersDouimis et Mellègue supérieur, les capacités attendues

Deux projets doivent renforcer le dispositif à court terme.

À Bizerte, le barrage de Douimis doit mobiliser environ 45 millions de mètres cubes. Son eau sera transférée vers Sejnane et intégrée au réseau des eaux du Nord. La mise en exploitation a été annoncée avant la fin de 2026.

Au Kef, Mellègue supérieur — également appelé Mellègue 2 — doit remplacer ou compléter le rôle de l’ancien barrage de Mellègue-Nebeur. Sa retenue est annoncée à environ 195 à 200 millions de mètres cubes. Le projet doit aussi soutenir l’irrigation de 12 000 à 13 000 hectares et renforcer la protection des zones situées en aval contre les inondations.

Les deux ouvrages représenteraient ensemble près de 245 millions de mètres cubes de capacités nominales supplémentaires. Ce total est significatif au regard du parc existant, mais il ne faut pas le présenter comme une quantité d’eau immédiatement acquise.

Le remplissage dépendra des précipitations reçues par leurs bassins versants. Leur rendement réel dépendra ensuite des règles de gestion, de la disponibilité des équipements et des performances des réseaux de transfert.

Le barrage de Raghai, à Jendouba, complète cette stratégie à plus long terme. Il doit contribuer à l’eau potable, à l’irrigation, à la recharge de la nappe et à la protection contre les crues. Son chantier se situe toutefois à un stade moins avancé que Douimis et Mellègue supérieur.

L’agriculture au cœur de l’arbitrage

Les barrages tunisiens remplissent plusieurs fonctions : eau potable, irrigation, régulation des crues et, dans certains cas, recharge des nappes. En période de tension, ces usages entrent en concurrence.

La priorité donnée à l’eau potable réduit mécaniquement les volumes alloués à l’agriculture. Pour les exploitants, cette contrainte se traduit par des restrictions d’irrigation, des rendements plus faibles ou le remplacement de certaines cultures par des productions moins consommatrices.

À l’inverse, une année bien arrosée peut soutenir la production céréalière, l’arboriculture et les cultures maraîchères. Elle réduit les coûts de pompage et améliore temporairement les perspectives de revenus agricoles.

Mais une politique reposant uniquement sur le niveau annuel des retenues reste vulnérable. L’adaptation suppose aussi une irrigation plus économe, une meilleure tarification, la réutilisation des eaux usées traitées et une gestion plus stricte des forages.

Un répit à transformer en réforme

L’amélioration de 2026 offre une fenêtre d’action. Des réserves plus élevées diminuent l’urgence immédiate et permettent théoriquement de consacrer davantage de moyens à la maintenance, à la réparation des réseaux et à la préparation des prochains épisodes secs.

Le risque serait d’interpréter cette embellie comme la fin de la crise. Les données montrent plutôt un système dont la situation peut changer fortement en quelques mois.

La Tunisie dispose d’un patrimoine hydraulique important, construit sur plusieurs décennies. Les nouveaux barrages augmenteront sa marge de manœuvre. Leur valeur dépendra pourtant moins du nombre d’ouvrages inaugurés que de la quantité d’eau réellement conservée, transportée et utilisée efficacement.

Le prochain indicateur décisif ne sera donc pas uniquement le taux national de remplissage. Il faudra aussi suivre la capacité utile perdue par envasement, les performances des réseaux, les volumes transférés et la productivité économique de chaque mètre cube mobilisé.

Les chiffres clés

  • 36 barrages exploités
    Nombre recensé par le rapport sectoriel de l’eau pour 2023.
  • 2,313 milliards de m³
    Capacité totale de retenue indiquée dans ce même rapport.
  • Environ 60 %
    Taux national de remplissage annoncé à la mi-juin 2026.
  • Environ 675 millions de m³
    Capacité estimée perdue par envasement dans les grands barrages étudiés.
  • Près de 245 millions de m³
    Capacité cumulée annoncée pour Douimis et Mellègue supérieur.