Barrages Tunisie 2026L’annonce d’une capacité cumulée de 245 millions de mètres cubes supplémentaires via les barrages de Douimis et du Mellègue supérieur suscite un réel espoir. Pourtant, l’équation hydraulique de la Tunisie exige d’aller au-delà des volumes théoriques : la souveraineté en eau dépendra de la performance des réseaux, de la maintenance infrastructurelle et de l’aléa pluviométrique.

Une illusion comptable face aux réalités du terrain

Sur le papier, l’apport est massif. Le barrage de Douimis (Bizerte) promet de mobiliser 45 millions de mètres cubes, tandis que l’ouvrage du Mellègue supérieur (Le Kef) affiche une retenue d’environ 200 millions de mètres cubes. Cependant, confondre capacité nominale et ressource disponible serait une erreur d’appréciation économique majeure. Une retenue de barrage représente un potentiel maximal théorique ; l’eau réellement injectée dans le circuit économique reste strictement tributaire de la pluviométrie, des taux d’évaporation et, surtout, de l’état des infrastructures de transport.

Bien que le taux national de remplissage des barrages se soit redressé à environ 60 % à la mi-juin 2026 — contre un niveau critique de 27,4 % en octobre 2025 —, la vulnérabilité structurelle du pays face au stress hydrique demeure entière.

Douimis : L’impératif de l’efficience du transfert

Prévu pour une entrée en service d’ici la fin 2026, le barrage de Douimis représente un maillon clé du système de transfert des eaux du Nord. Destiné à alimenter la retenue de Sejnane, cet ouvrage de 47,45 millions de dinars doit sécuriser l’approvisionnement des grands centres urbains et économiques, du Grand Tunis jusqu’à Sfax.

Toutefois, la livraison de l’infrastructure ne garantit pas à elle seule l’impact économique escompté. L’acheminement de la ressource sur de longues distances repose sur la fiabilité des stations de pompage, à l’image de celle d’El Harka, où des fragilités techniques ont été relevées. Le rendement global du projet reste conditionné par l’étanchéité et la continuité opérationnelle du réseau de transfert.

Mellègue supérieur : L’enjeu de la valorisation agricole

Avec un investissement de 276 millions de dinars et un taux d’avancement proche de 90 %, le barrage du Mellègue supérieur ambitionne de remplacer l’ancien ouvrage de Mellègue-Nebeur. Au-delà de son rôle de protection contre les crues dans le bassin de la Medjerda, l’ouvrage doit soutenir l’irrigation de 13 000 hectares dans le Nord-Ouest.

Pour le secteur agricole, le potentiel de création de valeur est significatif. Néanmoins, la conversion de cette réserve d’eau en gains de productivité nécessite la concrétisation des réseaux secondaires et des financements d’équipement à la parcelle. Les récentes pannes survenues sur les infrastructures existantes rappellent par ailleurs que l’effort financier consenti dans le génie civil doit impérativement s’accompagner d’une rigueur de maintenance équivalente.

Un arbitrage stratégique durable

Si d’autres projets comme le barrage de Raghai (Ghardimaou) s’inscrivent dans un temps plus long, l’urgence immédiate réside dans l’optimisation des investissements réalisés. L’accroissement des capacités de stockage ne résout qu’une partie de l’équation : lutter contre l’envasement, réduire les fuites sur les réseaux de distribution et procéder à des arbitrages rigoureux entre consommation potable, industrie et agriculture restent des chantiers prioritaires.

EN BREF

  • Capacité théorique accrue : Mise en service programmée d’ici fin 2026 des barrages de Douimis (45 M m³) et du Mellègue supérieur (~200 M m³), soit 245 M m³ de capacité nominale globale.
  • Redressement des réserves : Amélioration du taux national de remplissage des barrages, établi autour de 60 % à la mi-juin 2026 (contre 27,4 % en octobre 2025).
  • Maillage du Nord (Douimis) : Mobilisation de 47,45 millions de dinars pour acheminer l’eau vers Sejnane et soutenir le Grand Tunis, le Cap Bon, le Sahel et Sfax.
  • Levier agricole (Mellègue) : Un investissement de 276 millions de dinars visant à irriguer jusqu’à 13 000 hectares et sécuriser le bassin de la Medjerda.
  • Défis structurels : La gestion des pertes en ligne, l’entretien des stations de pompage et l’aménagement des réseaux secondaires détermineront l’impact réel sur l’économie.