
Cette production du Jeune Théâtre National, structure relevant du Théâtre National Tunisien (TNT), constitue le deuxième rendez-vous théâtral de la 60e édition du Festival international de Hammamet. L’œuvre avait entamé son parcours lors de sa première en mai 2025 au Théâtre du 4ème Art à Tunis.
L’intrigue se déroule à huis clos au sein d’un centre d’appels, un espace utilisé par les auteurs comme un révélateur de la dégradation des relations humaines, amicales et professionnelles.
La distribution est composée de comédiens issus du Jeune Théâtre National : Hamouda Ben Hassine, Assala Kouass, Anis Kammoun, Thaweb Idoudi, Helmi Khalifi, Mohamed Arafet Guizani et Hasna Gannem.
Selon l’équipe artistique, la pièce se veut une métaphore de la société tunisienne post-2011, marquée par les crises sociales et individuelles.
« Il m’est difficile de concevoir une société qui ne soit pas fondée sur la participation et le respect, et qui ne rêve pas d’ancrer la notion de dignité », a déclaré à cette occasion le dramaturge Abdelhalim Messaoudi, alertant sur les dérives d’une « société de consommation » et l’émergence de « générations hybrides ».
De son côté, le metteur en scène Nizar Saïdi a plaidé pour un engagement étatique accru : « L’État doit impérativement se doter d’un projet culturel, et le théâtre doit être le pilier de ce projet, d’autant plus qu’il est capable d’engendrer le changement social ».
« Jacaranda : Call Center Tragedy » marque une nouvelle collaboration entre Nizar Saïdi et Abdelhalim Messaoudi, après leur précédent projet intitulé « Dark Side » (2022), qui avait remporté le prix de la meilleure dramaturgie lors de la 39ème édition des Journées Théâtrales de Carthage (JTC).
D’une durée de deux heures, le spectacle s’appuie sur une mise en scène intégrant des jeux de lumières et des enseignes lumineuses, notamment le mot « EXIT », symbolisant la tentative de fuite des protagonistes.
La trame narrative, volontairement fragmentée, fait coexister des thématiques mondiales comme la fracture numérique et des événements sécuritaires ou politiques locaux, à l’instar des opérations militaires au mont Chaambi.
La scénographie intègre des références à l’histoire du théâtre mondial, à la civilisation carthaginoise ainsi qu’au patrimoine populaire tunisien.
La pièce s’achève par une série de tableaux symboliques, dont une séquence finale où la protagoniste principale, les yeux bandés, feint de se couper la langue, laissant s’échapper des pétales de roses rouges en guise de symbolisation du silence.
Selon les concepteurs, le choix du titre fait référence aux jacarandas qui ornent les avenues de Tunis. Ces arbres aux fleurs violettes, qui éclosent rapidement avant de chuter et d’être piétinées, sont présentés comme le symbole de la fragilité des espoirs et des aspirations individuelles.


