Le chef du service de médecine légale de l’hôpital universitaire « Charles Nicolle », Mohamed Allouche, a révélé ce jeudi à Tunis que les cas de violences sexuelles signalés ne représentent que la moitié du nombre réel de victimes, ce qui complique la collecte de données nationales précises sur ce phénomène, malgré l’existence de certaines statistiques fournies par le rapport annuel sur la protection de l’enfance en danger publié par l’Observatoire national de lutte contre la violence à l’égard des femmes.
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“Cela s’explique principalement par le sentiment de honte, de gêne et de crainte de la stigmatisation sociale éprouvé par de nombreuses victimes, ce qui les pousse au silence et les empêche de signaler les agressions dont elles sont victimes”, a-t-il fait savoir dans une déclaration à l’agence TAP en marge d’un colloque international organisé pour annoncer l’élaboration d’un projet de protocole national visant à assurer la prise en charge médico-légale et psychologique des victimes de violences sexuelles.

Il a ajouté que la médecine légale ne se charge généralement des cas d’agression sexuelle qu’à la demande de la brigade spécialisée dans les enquêtes sur les crimes de violence contre les femmes et les enfants ou sur mandat judiciaire émis par un juge d’instruction ou un procureur de la République. Toutefois, le nouveau protocole permettra de prendre en charge les cas d’urgence dans lesquels l’agression remonte à moins de 24 heures.

Il a estimé que parmi les principaux objectifs de l’élaboration de ce protocole figure la sensibilisation à l’importance de signaler les faits et de se présenter à la médecine légale dans un délai ne dépassant pas trois jours à compter de la date des faits, tout en réduisant la stigmatisation sociale dont sont victimes les personnes victimes de violences sexuelles.

Il a indiqué que la mise en application de ce protocole débutera après la remise de sa version officielle au ministre de la Santé au cours du mois de septembre prochain, soulignant que les services de médecine légale offrent actuellement des prestations aux victimes de violences sexuelles, mais que la valeur ajoutée apportée par le protocole réside dans l’harmonisation des mécanismes de prise en charge des victimes et le renforcement de la coordination entre les différents acteurs au niveau national.

Il a souligné que six gouvernorats ne disposent pas de services de médecine légale, mais que l’adoption de ce protocole permettra aux urgentistes et aux gynécologues-obstétriciens ayant suivi une formation spécialisée dans ce domaine d’assurer une prise en charge médico-légale des femmes victimes de violences sexuelles.

Le protocole prévoit des mécanismes d’accueil des victimes de violences sexuelles, les étapes d’information et d’obtention du consentement, ainsi que les procédures d’examen physique et d’examen des organes génitaux visant à rechercher les traces d’agression en cas de viol.

Il prévoit également le prélèvement d’échantillons pour les examens nécessaires, notamment le dépistage des maladies sexuellement transmissibles résultant de l’agression sexuelle et la réalisation d’analyses génétiques, afin de garantir la conservation des preuves et la fourniture de soins médicaux adaptés aux victimes.

Le protocole accorde une importance particulière au soutien psychologique des victimes de violences sexuelles en leur proposant un accompagnement psychologique assuré par des psychologues spécialisés.