Parce que ce qui se passe au sein de la compagnie nationale n’est plus acceptable, parce qu’au‑delà du risque de voir Tunisair s’effondrer, c’est la sécurité qui est en jeu, nous publions aujourd’hui le post de la députée Fatma Msseddi du jeudi 16 avril, accompagné d’un extrait du courrier adressé le 14 janvier 2025 à la Chargée de la Direction générale de Tunisair par le chargé des fonctions de Directeur général adjoint technico‑opérationnel.
Dans un contexte d’omerta administrative, ce document interne n’est ni une rumeur ni un bruit de couloir : c’est une déclaration spontanée, rédigée conformément à la charte de sécurité de la compagnie, qui décrit une situation d’une gravité exceptionnelle.
Ce que révèle le courrier interne
Le document adressé à la Direction générale expose, point par point, une dérive structurelle qui menace directement la sécurité des opérations :
- Pressions et intimidations
Le DGATO affirme subir des pressions destinées à forcer le corps technique à valider un nombre d’appareils engageables pour l’été 2025, indépendamment des réalités de maintenance.
- Climat anxiogène
Un environnement menaçant aurait été instauré pour pousser les équipes à déclarer la disponibilité de 14 avions, alors que les conditions techniques et financières ne le permettent pas.
- Ingérence administrative dans la sphère technique
La Direction générale serait intervenue dans des décisions relevant exclusivement de la sécurité aérienne, marginalisant toute voix professionnelle qui tente de faire prévaloir le bon sens.
- Un programme de maintenance paralysé
Le plan technique établi en août 2024 prévoyait 14 appareils disponibles, à condition de financer 187 millions de dinars entre septembre 2024 et avril 2025.
Or, seuls 7,7 millions ont été débloqués — soit 3,7 % du besoin.
Conséquences immédiates :
- chantiers non lancés,
- approvisionnements gelés,
- dettes fournisseurs non apurées,
- créneaux de maintenance à l’étranger perdus faute de paiement.
- Un nouveau plan de maintenance… sans financement
Un plan révisé a été élaboré le 9 janvier 2025, basé sur un schéma de financement urgent et hebdomadaire. Sans respect strict de ces échéances, le nombre d’appareils disponibles ne pourra pas être garanti.
- Dégradation du climat social et opérationnel
- retrait d’un acquis aux PNC, provoquant une désaffection pour les vols pénibles.
- rupture du dialogue avec les OPL, aggravant le malaise du corps PNT.
- démission en bloc de quatre PNT Post Holders, fragilisant la DCOA et les projets de développement.
- Risque direct sur la sécurité
La déclaration conclut explicitement que ces dérives constituent une menace pour la capacité de la compagnie à maintenir un bon niveau de sécurité aérienne.
Les questions qui s’imposent — et auxquelles il faudra répondre
Dans un pays où Tunisair n’est pas seulement une entreprise mais un symbole, comment expliquer que des alertes aussi graves restent sans réponse publique ?
Qu’a‑t‑on fait depuis ?
Cela fait des années que des experts dénoncent la vampirisation de Tunisair.
D’anciens directeurs généraux, qui ont connu son âge d’or, ont proposé des plans de redressement restés lettre morte.
Pourquoi ?
Les décideurs ont‑ils investi ce qu’il fallait ?
Comment justifier que la Direction technique ne dispose pas des pièces de rechange nécessaires pour assurer la maintenance de base ?
Comment peut‑on envisager une saison estivale avec un financement à 3,7 % du besoin ?
Qui assume la responsabilité des ingérences dans les décisions techniques ?
La sécurité aérienne n’est pas négociable. Qui a autorité pour imposer des choix contraires aux standards internationaux ?
Des experts internationaux pour trouver des solutions à Tunisair !
Face à la gravité des faits révélés dans la déclaration interne — pressions, ingérences, absence de financement, risques opérationnels et démissions en chaîne — on aurait pu s’attendre à des mesures immédiates, à un plan d’urgence, à un financement débloqué sans délai.
Or, ce qui se dessine aujourd’hui, c’est tout autre chose : des discours, des promesses de transformation, des cahiers des charges… mais aucune action concrète à la hauteur du danger.
Selon les informations relayées par l’agence TAP au mois de mars 2026, Tunisair préparerait un cahier des charges pour un appel d’offres international visant à sélectionner des experts spécialisés dans la restructuration des compagnies aériennes, comme si la Tunisie manquait de compétences !
Cette initiative s’inscrit dans les orientations du ministère du Transport, qui encourage la compagnie à repenser son modèle opérationnel. Elle fait suite aux décisions du conseil ministériel restreint du 31 janvier 2025, lequel avait fixé comme échéance la fin mars 2025 pour présenter un plan de restructuration.
Une première version du programme a bien été transmise en mars 2025, puis une seconde, intégrant les remarques de la présidence du gouvernement et du ministère du Transport.
Sur le papier, ce plan prévoit des mesures pour améliorer l’efficacité opérationnelle, rationaliser la gestion et renforcer la compétitivité de la compagnie, tout en s’alignant sur les meilleures pratiques internationales.
Mais comment parler de transformation stratégique quand :
- seuls 3,7 % du financement de maintenance ont été débloqués,
- les chantiers techniques n’ont pas été lancés,
- les approvisionnements sont gelés,
- des équipes clés démissionnent.
Entre la communication institutionnelle et la réalité opérationnelle, l’écart devient abyssal.
Et cet écart, s’il n’est pas comblé, pourrait précipiter la compagnie nationale dans une zone de turbulence dont elle ne se relèverait pas.
Un appel à la lucidité nationale
Le document cité n’est pas un simple signal d’alarme : c’est un cri d’alerte institutionnel.
Tunisair n’est pas seulement un transporteur : c’est un service public stratégique, un patrimoine national, un garant de souveraineté.
Laisser s’installer un climat où la sécurité est fragilisée, où les équipes sont intimidées, où les financements essentiels ne sont pas débloqués, c’est accepter l’idée d’une compagnie qui s’effondre.
La question n’est plus : Tunisair peut‑elle survivre ? La question est désormais : combien de temps encore peut‑elle voler dans ces conditions ?
L’histoire ne pardonne pas ! Et ceux qui se taisent aujourd’hui porteront la responsabilité demain.
Amel Belhadj Ali

