Un baril à 150 $… et cette fois, aucun « sauveur »

Alors que les écrans boursiers tentent de nous convaincre que « la crise est temporaire » et que « la guerre s’achèvera demain », l’économiste mondialement reconnu Mohamed El‑Erian tire une sonnette d’alarme glaçante.

Mohamed  El‑Erian est un économiste égypto‑américain de renommée mondiale, né en 1958 à New York. Ancien PDG de PIMCO et aujourd’hui conseiller économique en chef chez Allianz. Il est connu pour ses analyses percutantes sur les marchés financiers et les crises mondiales.

Et pour lui, le monde a basculé de la phase de « choc des prix » à celle de la destruction de la demande tandis que les marchés continuent de se bercer d’illusions. Ce phénomène, explique‑t‑il, relève d’une illusion de survie intégrée dans les cours.

Les illusions du marché actions

Les investisseurs regardent les indices boursiers et se rassurent : « Ce n’est qu’une crise passagère ». Mais El‑Erian souligne que cette croyance en une crise transitoire est trompeuse. Là où les marchés estiment à 80 % que la guerre se terminera rapidement, lui affirme que la probabilité réelle ne dépasse pas 50 %. Les marchés regardent « par‑dessus » la crise et ignorent l’incendie qui couve.

Le choc pétrolier et l’effet domino

*Prix du pétrole déconnectés  . En d’autres termes, le prix est “décorrélé” des fondamentaux du marché : les contrats à terme affichent des niveaux modérés, mais le prix physique en Asie atteint déjà 140 à 150 $ le baril. Cette divergence ne pourra pas durer : tôt ou tard, les deux courbes se rejoindront brutalement.

*Triple impact :1. Choc énergétique (prix en envolée).

*Choc inflationniste, qui se traduit immédiatement par une baisse de la consommation, surtout pour les ménages modestes.

*Risque d’instabilité financière généralisée si la situation perdure.

À cela s’ajoute une guerre asymétrique, impliquant quatre acteurs persuadés chacun de « gagner » : une configuration qui rend toute issue négociée quasi impossible.

La fin du « sauvetage gouvernemental »

El‑Erian rappelle : « Nous avons été trop gâtés ces dernières années ». En 2008 ou durant la pandémie, les banques centrales et les gouvernements ont injecté des liquidités massives pour amortir les chocs.

Aujourd’hui , la Fed est paralysée par la menace inflationniste et le gouvernement US fait face à un déficit budgétaire de 6 %.

Résultat : l’espace de manœuvre est nul. Il n’y a plus de filet de sécurité.

Et la Tunisie dans tout cela ?

La Tunisie, fortement dépendante des importations d’énergie, se trouve en première ligne face à ce scénario. Trois points méritent attention :

-facture énergétique : une hausse durable du baril à 150 $ alourdirait considérablement le déficit commercial tunisien, déjà fragilisé par la dépendance aux hydrocarbures ;

-inflation importée : l’augmentation des prix mondiaux du pétrole et du gaz se traduirait par une pression directe sur les prix domestiques (transport, électricité, produits alimentaires), accentuant la fragilité du pouvoir d’achat ;

-rapace budgétaire limité : à l’image des États‑Unis, la Tunisie dispose de marges de manœuvre budgétaires réduites. Les subventions énergétiques pèsent déjà lourd sur les finances publiques, et une flambée prolongée des prix rendrait leur maintien difficile.

En clair, la Tunisie illustre parfaitement le diagnostic d’El‑Erian : un pays où la hausse des prix mondiaux se traduit par une destruction de la demande interne, faute de capacité budgétaire pour amortir le choc.

Mohamed El‑Erian rappelle que l’époque du « buy the index les yeux fermés » est révolue. Pour la Tunisie, cela signifie que la stabilité économique dépendra moins des marchés financiers que de la capacité à diversifier les sources d’énergie, à renforcer les partenariats régionaux et à repenser la politique budgétaire.