Nos émissions de CO2 s’évaporent dans l’atmosphère. Bien perdu ! On peut les monnayer sur le marché des quotas carbone, à l’international. Arrêtons vite la fuite de gaz. Voilà un levier d’appoint pour contribuer à financer la transition écologique. 

C’est un filon qu’on gagnerait à mettre en valeur. Et le pays en possède un gisement, momentanément éparpillé et totalement évaporé, qui n’est pas négligeable. Ayant adhéré à la charte de la COP et amorcé une transition écologique le pays gagnerait à aller jusqu’au bout de son élan.

Oui, vendre ses quotas carbone, sur le marché international. Ce dernier génère des transactions à hauteur de 900 milliards de dollars US, à l’heure actuelle. Les observateurs le voient atteindre 4000 milliards à horizon proche. La Tunisie a déjà mis sur pied la base d’un marché carbone, domestique. Il reste à le parachever.

Et c’est à portée de main. Tel est l’esprit du séminaire organisé par le Centre de recherche sur le changement climatique de L’IACE, présidé par Slim Zghal. Le débat amorcé à cette occasion peut-il aider à dynamiser l’opération ? C’est dans l’air me diriez-vous mais on est en situation de le capter. Et de renverser les gaz.

Tunisie :”Le pays possède un gisement, momentanément éparpillé et totalement évaporé, qui n’est pas négligeable.”

Un Business bien rodé

La COP a institué le principe du ‘’Pollueur-Payeur’’. Dans le même temps COP autorise les pays pollueurs à acheter des quotas  carbone à des pays tiers. C’est cette soupape qui a permis de structurer un marché international régulé et règlementé, sous contrôle des Etats, lequel est en pleine expansion. Et ce, malgré le parasitage entretenu par les climato-sceptiques. Et qui ne sont pas des moindres.

Techniquement, la Tunisie est en mesure de s’organiser pour accéder au marché. C’est ce que démontre une étude réalisée par Iman Khanchel, professeure à l’Université de la Manouba et qui a été débattue à l’occasion.

Chiffre : “Le marché international génère 900 milliards de dollars US, avec un horizon à 4000 milliards.”

 

Des possibilités réelles

Le pays se trouve au milieu du gué. Il s’est donné une CDN, c’est-à-dire le répertoire des ‘’Contributions Déterminées au Niveau National’’. L’on a donc identifié et quantifié les agents émetteurs ainsi que les réductions possibles de gaz à effets de serre. Il reste à créer l’unité certificatrice dénommée DNA (Designed National Authority) dont la fonction principale est de tenir un registre national où elle répertorie les résultats enregistrés en matière d’atténuation des émissions.

Elle agit comme un tiers public de confiance, veillant à éviter toutes natures de fraude dont la double comptabilisation. Le pays ayant adopté la charte de COP est en mesure de se conformer aux exigences de l’article 6 de la charte dans ses alinéas 2 (A 6.2) et 4 (A 6.4) lesquels prévoient les conditions d’échange de quotas.

Il faut rappeler que le marché reglementé acueille les échanges relatifs aux six  secteurs les plus polluants répertoriés par la COP tel celui du ciment, de l’acier ou des engrais. Et il existe un second marché dit volontaire pour les secteurs non encore mis à l’index par la COP. C’est par sens éthique que des opérateurs s’engagent dans la transition écologique sans être, pour autant, sous le coup de contraintes réglementaires.

Les deux marchés sont ouverts aux opérateurs tunisiens. Et d’ailleurs, à titre expérimental, une transaction pilote a eu lieu à la bourse de Tunis. Cela remonte au mois de mai 2025 et c’était à l’occasion du sommet des bourses arabes. Il faut  souligner que les deux parties prenantes de cette transaction sont étrangères. Quelles sont les possibilités actuellement opérationnelles pour les entreprises tunisiennes ?

1er janvier 2026 : mise en place du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) par l’UE.

Les disponibilités actuelles

Les opérateurs tunisiens peuvent utiliser des passerelles actives avec deux pays pour le moment. Il s’agit de la Suisse à travers son agence ‘’KLIK’’. Il s’agit d’une plateforme publique de transaction de quotas carbone. Elle est très active. La seconde est en rapport avec le Japon. Et là également les choses vont bon train. Une troisième est en préparation avec Singapour. Et là encore le potentiel est conséquent.

Il faut souligner que le pays se heurte déjà au mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) mis en place dès le 1er janvier 2026 par l’Union européenne. Pour le moment seuls 3 % de nos exportations sont concernés.

Ce mécanisme génère une taxe carbone payable soit en Tunisie soit à l’étranger. Cette taxe a été ajustée aux seuils européens dans la loi de finances 2026. Cette taxe avec ce qu’elle draine pourrait constituer un premier affluent pour financer un fonds qui aiderait les entreprises à s’équiper afin de réduire leurs émissions. On imagine aisément les effets en retour, d’une insertion sur le marché de quotas carbone.

C’est autant de ressources qui pourraient contribuer à financer l’effort national de développement durable. Il faut reconnaître que c’est une tentation vertueuse. Toutes les options sont ouvertes. Sur le Continent le Kenya et le Ghana ont beaucoup avancé en la matière. Le Kenya aurait enregistré des transactions carbone pour un montant de 100 millions de dollars US. Il est vrai que le switch de l’industrie polluante à l’industrie propre est coûteux. Mais il faut reconnaitre qu’il peut rapporter gros. Sans compter qu’il impacte positivement l’image de marque du pays en dopant son attractivité.

Ali DRISS

EN BREF

  • Potentiel financier : Le marché mondial du carbone pèse 900 milliards $et pourrait atteindre 4 000 milliards$.
  • Urgence réglementaire : Le MACF européen taxe les exportations tunisiennes depuis le 1er janvier 2026.
  • Maillon manquant : La création de la DNA (Designed National Authority) est impérative pour certifier les crédits.
  • Partenariats actifs : Des passerelles de transaction existent déjà avec la Suisse (KLIK) et le Japon.
  • Objectif : Financer la transition écologique et améliorer l’attractivité industrielle de la Tunisie.

infographie carbone