FINANCEMENT ImportationsLe couperet est tombé. Le 26 mars 2026, la Banque Centrale de Tunisie (BCT) a publié la circulaire n°2026-4, signée par le Gouverneur Fethi Zouhaier Nouri. Ce texte n’est pas une simple mise à jour technique ; c’est un acte de défense monétaire radicale dans un climat de tempête géopolitique.

La fin de l’insouciance à crédit

L’époque où l’on pouvait importer du superflu grâce au levier bancaire est révolue. Désormais, pour une liste exhaustive de produits allant des voitures de tourisme aux fromages fins, en passant par les parfums et les smartphones, les banques ont interdiction formelle d’accorder le moindre “concours financier”. Crédits documentaires, avances ou garanties : tout l’arsenal du financement classique s’efface devant une règle d’airain : l’autofinancement à 100% sur fonds propres.

Cette décision répond à une arithmétique implacable. Avec un impact estimé à 7 milliards de DT dû aux tensions entre l’Iran, les USA et Israël, nos réserves de change ne sont plus une variable d’ajustement, mais le dernier rempart de notre souveraineté nationale. En ciblant les “produits non prioritaires”, la BCT érige une digue nécessaire contre l’hémorragie des devises.

Une chirurgie économique

La circulaire est d’une rigueur chirurgicale. Elle impose aux intermédiaires agréés un rôle de “police douanière”, les obligeant à vérifier l’exactitude des codes de nomenclature avant toute domiciliation.

Cependant, le régulateur a su préserver les poumons de l’économie. Les marchés publics, les entreprises industrielles (sous réserve de prouver le lien direct avec leur activité) et le régime de perfectionnement actif restent exemptés. C’est là que réside l’équilibre fragile de cette mesure : protéger la monnaie sans paralyser la machine productive.

Le défi de l’après-circulaire

Comme le souligne avec justesse l’analyse de A.B.A (Circulaire BCT 2026-4 : Sauvegarder les devises, contraindre l’économie), si cette circulaire protège nos réserves à court terme, elle ne constitue pas une stratégie de croissance en soi. Elle agit comme un filtre de sélection naturelle : seuls les opérateurs les plus solides financièrement survivront à la fin du crédit facile.

Le risque est double. À court terme, une raréfaction des biens de consommation et une poussée inflationniste induite par les coûts d’autofinancement. À moyen terme, une menace d’asphyxie pour les PME dépendantes de composants importés. Mais cette contrainte peut aussi être le catalyseur d’un renouveau : celui de la substitution par la production locale. Si nos industriels parviennent à occuper le terrain délaissé par l’importation de confort, alors la circulaire 2026-4 aura été le mal nécessaire pour une économie tunisienne plus résiliente.

La BCT a fait son devoir de garde-fou. Il appartient désormais au gouvernement et au secteur privé de transformer cette ligne de défense en un véritable projet de reconstruction industrielle. Car si une digue peut arrêter une marée, elle ne suffit jamais, seule, à irriguer l’avenir.

EN BREF

  • Publication : Circulaire BCT n°2026-4 du 26 mars 2026, signée par Fethi Zouhaier Nouri.
  • Mesure phare : Obligation d’autofinancement à 100 % sur fonds propres pour les produits non prioritaires.
  • Impact géopolitique : Une perte estimée à 7 milliards de DT due aux tensions Iran-USA-Israël.
  • Exemptions : Les industries, les marchés publics et le perfectionnement actif restent protégés.
  • Objectif : Défense des réserves de change et souveraineté monétaire face à l’inflation.