Le gouvernement a approuvé, dans le cadre de la loi de finances pour l’exercice 2026, une augmentation des salaires sur trois ans (2026-2028), pour alléger l’impact de la hausse des prix, améliorer le pouvoir d’achat du citoyen et promouvoir l’équilibre social.
Dans le cadre du suivi de l’exécution de ces augmentations salariales, le président de la République, Kaïs Saïed, a réitéré l’engagement à rester fidèle au serment et à la parole donnée, en référence à la volonté de l’État d’honorer ses engagements, et ce, lors de sa rencontre, lundi, avec la Cheffe du gouvernement et les ministres des Finances, de l’Économie et de la planification et des Affaires sociales.
L’annonce des augmentations dans le cadre de la loi de finances sans négociations salariales avec les partenaires sociaux, a suscité un débat au sein de certaines parties, lequel (débat) a été tranché par le ministre des Affaires sociales, Issam Lahmar.
Lors d’une séance conjointe des commissions de l’ARP et du Conseil national des régions et des districts (CNRD), Lahmar avait noté que cette augmentation a été décrétée dans le cadre du respect des procédures légales, rappelant que le Code du travail prévoit trois modalités pour les augmentations en question.
Les augmentations sont accordées soit par un accord contractuel individuel, soit par voie législative ou réglementaire; à savoir loi ou décret ou par le biais d’un accord collectif (négociations sociales), a-t-il expliqué.
Masse salariale et financement de l’augmentation
Selon les estimations, la masse salariale du secteur public représente environ 13 à 14 % du produit intérieur brut (PIB), soit plus de 20 milliards de dinars (MD) par an, contre 16,1 MD en 2020.
Le gouvernement est parvenu, selon certains experts, à réduire la part de la masse salariale dans le PIB et à alléger son impact sur les finances publiques grâce à diverses mesures.
Il convient de noter que la dernière augmentation salariale avant cette décision remontait à 2022 et couvrait la période jusqu’à 2025. Le montant de cette augmentation variait entre 195 et 300 dinars selon la catégorie et était versé sur trois tranches.
Pour l’année 2026, le gouvernement a alloué 25 267 MD aux dépenses salariales, contre 24 389 MD pour 2025, soit une augmentation de 3,6%.
Dans son rapport sur le budget de l’État pour 2026, le ministère des Finances a souligné que la masse salariale se stabilisera autour de 13,4 % du produit intérieur brut (PIB), contre 14,1 % prévus pour 2025 et 13,9 % enregistrés en 2024.
Cette augmentation s’inscrit dans le cadre d’un effort exceptionnel pour soutenir l’emploi et garantir l’embauche directe à travers les recrutements et la régularisation des situations d’emploi non permanent, pour environ 51 878 postes, dont 22 523 nouveaux postes supplémentaires au titre de l’année 2026, selon le même rapport.
Les dépenses salariales dans la fonction publique pour l’année 2026 ont été fixées à 25,267 milliards de dinars, contre 24,389 milliards de dinars en 2025, soit une hausse de 3,6 %.
Cette augmentation s’explique par les efforts exceptionnels déployés pour soutenir l’emploi et promouvoir le travail décent, à travers les nouvelles embauches et la régularisation des situations liées aux emplois précaires, portant le total des postes d’intégration et de recrutement à environ 51 878 emplois, dont 22 523 postes additionnels prévus pour l’année 2026.
Dans ce contexte, le président de la République a souligné que ces mesures interviennent en dépit du “lourd héritage résultant de choix se hissant au rang de crime”, en référence à la situation financière dont l’État a hérité, affirmant en revanche qu'” il n’y a pas de place pour les illusions” et que la prochaine phase reposera sur une action concrète dans tous les secteurs.
Concomitamment à ces augmentations, l’État œuvre à mobiliser des ressources financières. Ainsi, les recettes fiscales devraient atteindre entre 45 et 50 milliards de dinars (soit une augmentation de 7,3 % par rapport aux résultats attendus pour 2025), tout en renforçant les mécanismes de recouvrement et la lutte contre l’évasion fiscale.
Le chef de l’État a également souligné la mobilisation de nombreuses lignes de financement, sans les détailler, dans le cadre d’appui aux équilibres financiers.
L’équilibre entre justice sociale et économique
S’agissant du pouvoir d’achat, les augmentations salariales prévues interviennent dans un contexte d’inflation oscillant entre 7 % et 9 %, durant ces dernières années, d’où l’amélioration des salaires, devenue une demande urgente.
Ces mesures concernent environ 687 000 employés du secteur public et plus de 800 000 retraités, en plus des salariés du secteur privé.
L’État maintient également ses politiques sociales à travers la subvention des produits de première nécessité, moyennant un coût d’environ 4 milliards de dinars par an, (soit environ 4 079 millions de dinars (MD), contre 3801 MD prévus pour 2025, soit une augmentation de 278 MD), tout en intensifiant le contrôle des prix.
Dans ce contexte, le président de la République a appelé les responsables à assumer pleinement leurs responsabilités, soulignant que “celui qui ne ressent pas la souffrance des citoyens n’a pas sa place”, mettant l’accent sur le caractère social des politiques adoptées.
Pour le gouvernement, cette année constitue une étape charnière dans la concrétisation des choix nationaux liés au processus de construction et d’édification, visant à assurer les conditions d’une vie digne et à réaliser la justice et l’équité.
Il s’agit, également, d’ouvrir des perspectives à toutes les catégories, et ce, conformément au programme économique et social 2026. L’année 2026 revêt, en outre, un aspect particulier, d’autant plus qu’elle sera la première année de mise en œuvre du plan de développement 2026-2030, lequel concrétisera un nouveau modèle de développement répondant aux aspirations et renforçant les piliers de la souveraineté nationale.
Malgré ces efforts, les défis persistent, notamment, face à une croissance économique estimée à seulement 2% à 3%, ce qui pourrait être insuffisant pour faire face à l’augmentation des dépenses.
De même, les entreprises privées pourraient, également, rencontrer des difficultés à s’adapter à la hausse des salaires, ce qui pourrait affecter l’investissement et l’emploi.
En revanche, ces augmentations pourraient contribuer à stimuler la consommation intérieure, soutenant, ainsi, certains secteurs économiques. Ceci devrait être accompagner par des réformes structurelles renforçant la production et limitant l’inflation.
La politique d’augmentation des salaires en Tunisie reflète une démarche sociale claire, soutenue par une volonté politique annoncée. Cependant, le succès de cette orientation reste tributaire de la réalisation d’un équilibre délicat entre les exigences de la justice sociale et les impératifs de la stabilité économique au cours de la prochaine étape.
Les experts estiment que le programme d’augmentation des salaires pourrait contribuer à stimuler la demande intérieure et à soutenir des secteurs vitaux, surtout, avec le ralentissement de la croissance, au cours de ces dernières années.
Cette orientation devrait, également, renforcer le climat de stabilité sociale et réduire les pressions sur le coût de la vie pour les catégories à revenu moyen et faible, renforçant, ainsi la confiance dans les politiques publiques.
Dans le même contexte, l’intégration de milliers de travailleurs en situation d’emploi précaire représente, ainsi, une avancée qualitative vers l’amélioration de la qualité de l’emploi et l’ancrage du travail décent.


