
Ce passage maritime, vital pour l’approvisionnement énergétique mondial, transforme une guerre militaire en une véritable guerre économique, aux répercussions planétaires.
Trois développements majeurs
La tension actuelle repose sur trois évolutions clés :
- Le ciblage par les États-Unis de l’île iranienne de Kharg.
- L’appel du président américain Donald Trump à la formation d’une coalition internationale pour sécuriser la navigation dans le détroit.
- La menace d’un débarquement militaire visant à contraindre l’Iran à laisser passer les navires.
Un conflit aux dimensions économiques
Le détroit d’Ormuz est devenu l’axe central du bras de fer entre Washington et Téhéran. Les États-Unis cherchent à maintenir la fluidité des flux énergétiques afin de protéger les revenus de leurs alliés du Golfe et l’économie américaine. Mais derrière cette stratégie se profile un objectif plus large : fragiliser la Chine en coupant ses approvisionnements pétroliers iraniens.
À l’inverse, l’Iran privilégie une guerre d’usure, aux effets économiques immédiats sur les États-Unis et leurs alliés, espérant provoquer une remise en cause de la présence militaire américaine dans la région.
L’île de Kharg, enjeu vital
90 % des exportations pétrolières iraniennes transitent par l’île de Kharg. Tant que Washington ne contrôle pas cette plateforme, Téhéran conserve un levier majeur : la menace de fermer le détroit. Une telle fermeture provoquerait une flambée des prix du pétrole, sans bénéfice pour les États-Unis ni leurs alliés, mais au profit de la Chine.
Vers une guerre élargie
Le risque le plus grave réside dans l’extension du conflit. Si l’Iran garde la main sur Kharg, elle verrouille le détroit. Si les États-Unis parviennent à occuper l’île, ils disposeront d’une carte maîtresse pour contraindre Téhéran. Dans ce scénario, la Chine pourrait abandonner sa neutralité et s’aligner sur l’Iran pour défendre ses intérêts énergétiques.
Un nouvel ordre géostratégique en gestation
Au-delà des fluctuations immédiates du prix du baril – oscillant entre 101 et 103 dollars – l’enjeu dépasse l’économie. La bataille pour Ormuz dessine les contours d’un nouvel ordre mondial.
Deux scénarios se profilent :
• Une victoire américaine consacrerait Israël comme puissance tutélaire au Moyen-Orient, au prix d’un effacement de la cause palestinienne et d’une normalisation accélérée des régimes arabes.
• Une victoire iranienne renforcerait l’axe Téhéran-Pékin et redonnerait souffle à la question palestinienne, tout en bouleversant l’équilibre régional.
Le détroit d’Ormuz n’est plus seulement un passage maritime : il est devenu une ligne de fracture entre deux visions du monde. Pour les États-Unis comme pour l’Iran, son contrôle est une question de survie. La guerre militaire s’y mue en guerre économique, annonçant peut-être l’avènement d’un nouvel ordre géopolitique dont les contours restent incertains.
Par Ridha Chkoundali


