
Longtemps considérée comme un pilier de stabilité et de progrès social, la classe moyenne tunisienne se trouve aujourd’hui fragilisée par l’accumulation de chocs économiques, sociaux et environnementaux, d’où l’impératif de d’adopter une stratégie intégrée et progressive pour protéger cette classe qui constitue le socle du contrat social, indique une note d’analyse publiée par l’Association des économistes tunisiens (ASECTU).
La note intitulée “Quand les crises redessinent la classe moyenne en Tunisie : Vulnérabilités révélées et résilience en action” et élaborée par l’économiste Fatma Mabrouk, souligne que la classe moyenne constitue une réalité sociale plus complexe que le seul revenu. Elle repose aussi sur la stabilité professionnelle, l’accès aux services essentiels et la capacité à maintenir un certain niveau de vie, aujourd’hui mis sous pression.
En effet, une érosion accélérée du pouvoir d’achat et de la sécurité économique : inflation, hausse du coût des services, pénuries et pression fiscale fragilisent des ménages pourtant situés au-dessus du seuil de pauvreté, mais désormais exposés à un risque réel de déclassement social.
D’après la note, des stratégies d’adaptation révélatrices d’une résilience contrainte ( migration, diversification des revenus et recours accru aux solidarités informelles…) permettent d’amortir les chocs, mais génèrent des coûts sociaux et économiques importants, notamment en termes de précarisation et de fuite des compétences.
L’économiste évoque ainsi l’impératif d’une réponse publique ciblée. “Préserver la classe moyenne suppose la mise en place d’un dispositif intégré combinant protection sociale adaptée, accès au financement, sécurisation de l’emploi et valorisation stratégique de la migration circulaire, afin de restaurer sa capacité de projection et de contribution à la croissance inclusive”.
Elle plaide pour l’adoption d’une stratégie intégrée et progressive, capable à la fois de consolider les mécanismes d’adaptation déjà mobilisés par les ménages et de créer des opportunités économiques durables et inclusives.
Dans cette optique, “le renforcement et l’accélération de la formalisation de l’économie informelle demeurent essentiels, dans la mesure où ces activités constituent un filet de sécurité central face à l’instabilité des revenus. Une approche progressive et inclusive de la formalisation permettrait de sécuriser les moyens de subsistance, d’améliorer l’accès à la protection sociale et au financement formel, tout en renforçant la productivité et l’intégration des acteurs concernés dans l’économie nationale”.
“Parallèlement, la diversification des sources de revenus et le développement de l’auto-entrepreneuriat apparaissent comme des leviers structurants pour stimuler l’innovation, renforcer l’autonomie économique et réduire la dépendance des ménages à une seule activité professionnelle”.
A cet égard, les opportunités offertes par des secteurs tels que l’e-commerce, l’agriculture urbaine, les énergies renouvelables, l’artisanat modernisé et les services numériques ouvrent de nouvelles perspectives de création de valeur. Toutefois, leur développement nécessite un accompagnement ciblé.
Par ailleurs, la migration circulaire et le transfert de compétences offrent également un potentiel stratégique encore insuffisamment exploité, permettant de mobiliser le capital humain et financier de la diaspora au service du développement national.
La Tunisie doit, en effet, exploiter pleinement le potentiel de sa diaspora et transformer la migration en un moteur structurant du développement économique et social. La migration circulaire, facilitée par des accords bilatéraux avec les pays d’accueil, offre la possibilité aux migrants de revenir périodiquement en Tunisie pour investir, partager leurs compétences et contribuer à des projets locaux. Pour la classe moyenne, cela représente une opportunité de stabiliser les revenus grâce aux transferts de fonds, tout en bénéficiant indirectement de la création d’emplois, de transferts technologiques et d’investissements productifs. Afin d’optimiser cet effet, il est nécessaire de mettre en place des dispositifs d’accompagnement au retour, des incitations fiscales pour l’investissement productif et des programmes de transfert de savoir-faire en collaboration avec les associations de migrants et le secteur privé.


