L’élaboration d’une feuille de route nationale pour la protection et la restauration des herbiers de Posidonie en Tunisie était la principale recommandation issue des “Journées des herbiers de Posidonie en Tunisie”, organisée, en février dernier à Tunis, par le Fonds Mondial pour la Nature, bureau Afrique du nord, avec la participation des ministères de l’Environnement, de l’Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche.

Il s’agit, selon le WWF Afrique du Nord, d’une étape importante dans le cadre d’une démarche nationale participative visant à valoriser le carbone bleu et à renforcer la durabilité des côtes et des ressources marines en Tunisie.

Ces journées ont permis de passer en revue le cadre institutionnel de la protection de la biodiversité marine et les résultats de la mise à jour nationale des cartes des herbiers de Posidonie et des projets régionaux et de recherche scientifique sur le stock de carbone bleu en Tunisie.

Les débats ont également porté sur les moyens à même de concilier entre la protection de ces écosystèmes et la durabilité du secteur de la pêche maritime, ainsi que sur les mécanismes de gouvernance à mettre en place pour une meilleure gestion des herbiers de Posidonie.

Ces journées ont aussi été l’occasion pour faire connaitre le Réseau méditerranéen sud pour la posidonie (SMPN) en tant que plateforme régionale pour renforcer la coordination et l’échange d’expériences dans le sud de la Méditerranée et étudier l’impact de la pollution sur la propagation des herbiers.

Les herbiers de Posidonie (Posidoniaoceanica), en référence à Poséidon, le dieu grec de la mer, sont des plantes à fleurs qui caractérisent la Méditerranée sous-marine. Ils sont souvent transportés par le courant dans tous les sens formant, dans les eaux sous-marines peu profondes de la Méditerranée, des faisceaux de vagues de feuilles vertes.

Bien qu’ils n’occupent qu’entre 25 000 et 50 000 km2 des zones côtières de la Méditerranée, correspondant à 25% du fond marin, selon medwet.org, les herbiers de Posidonie jouent un rôle primordial dans le stockage du carbone.

Pourtant, ces forêts sous-marines endémiques de la Méditerranée qui fournissent nourriture et abri à d’autres espèces, stabilisent les fonds marins et aident à contrer l’érosion marine, sont aujourd’hui menacées en raison de leur sensibilité aux pratiques humaines (pollution, surpêche..), aux invasions biologiques et au changement climatique.

En Tunisie comme ailleurs en Méditerranée, les herbiers de posidonie appelés en dialecte tunisien “Dhrii”, ont subi une importante régression durant les dernières années à cause principalement de la pêche illicite (chalutage sur les herbiers), la compétition avec des espèces introduites, l’aquaculture côtières et la pression de la pollution chimique. Cette régression est particulièrement observée, selon l’Agence de protection et d’aménagement du littoral (APAL), au niveau des différentes côtes et en particulier le Golfe de Gabès, connu pour ses herbiers tigrés.

Pourtant, jusqu’à ce jour, aucune loi de protection particulière ne cible ces écosystèmes sous-marins présents sur presque toutes les côtes tunisiennes (Sousse, kélibia, Hammamet, Golfe de Gabès, Monastir, Bizerte), alors que dans d’autres pays dont la France, ils sont protégés en tant que “paysage remarquable ou caractéristique du patrimoine naturel et culturel du littoral”, depuis septembre 1989 (décret).