
Alors que la Tunisie affiche une croissance de 2,5 % pour l’exercice 2025, l’horizon s’assombrit. La paralysie stratégique du Détroit d’Ormuz propulse le Brent vers des sommets inquiétants, menaçant de briser une reprise tunisienne structurellement fragile. Entre dépendance énergétique record et érosion du pouvoir d’achat, Tunis vacille face à l’onde de choc mondiale.
Le paradoxe des chiffres : Une reprise en trompe-l’œil
Les données de l’Institut National de la Statistique (INS) sont tombées : la Tunisie a crû de 2,5 % en 2025, portée par un dernier trimestre dynamique à 2,7 %. Si le pays dépasse enfin son niveau pré-pandémique, la structure de cette croissance interpelle. Portée par un rebond agricole significatif (+10,3 %) et une consommation intérieure dopée par le crédit, elle masque des plaies béantes.
En 2025, l’économie a détruit 175 000 emplois, tandis que l’épargne des ménages s’est effondrée à 2,5 % du PIB. Avec une perte de 14 % du pouvoir d’achat depuis 2022, le revenu réel par habitant recule. Nous assistons à une croissance “importée” qui, loin de renforcer la souveraineté, creuse le déficit commercial au profit d’un appareil productif encore contraint.
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L’effet papillon : D’Ormuz aux pompes tunisiennes
Depuis le 28 février 2026, le blocage du Détroit d’Ormuz — point de passage de 20 % du brut mondial — a injecté une volatilité extrême sur les marchés. Le Brent a bondi de 10 % en seulement 24 heures. Pour la Tunisie, dont la dépendance énergétique culmine à 65,1 %, ce n’est plus une statistique, c’est une menace existentielle.
Un baril s’approchant des 100 dollars agirait comme un multiplicateur de fragilité : inflation importée immédiate sur l’énergie et l’alimentaire, pression insoutenable sur les caisses de compensation et dépréciation mécanique du dinar. La “contraction des importations” qui a réduit le déficit extérieur récemment ressemble davantage à une économie de la pénurie qu’à une résilience structurelle.
Résilience par l’innovation : Le levier de la valeur ajoutée
Face à ce choc, des poches de résistance émergent. Le secteur de l’EdTech et la digitalisation, portés par des figures de l’entrepreneuriat comme Anissa Najjar, tracent la voie d’un modèle déconnecté des hydrocarbures. Contrairement au Maroc qui mise sur les renouvelables ou à l’Algérie portée par sa rente, la Tunisie doit jouer la carte de l’immatériel et de la montée en gamme, notamment pour son huile d’olive, encore sous-valorisée à 3,2 $/kg.
L’heure est au choix. 2026 sera l’année de vérité : engager des réformes de fond sur l’investissement productif ou subir de plein fouet la fragmentation géoéconomique mondiale. Le mirage statistique ne suffira plus à protéger l’économie tunisienne des vents d’Ormuz.
EN BREF
- Croissance 2025 : +2,5 % (PIB), mais avec une destruction de 175 000 emplois.
- Risque Ormuz : Le blocage du détroit menace de pousser le pétrole à 100 $, impactant directement le budget tunisien.
- Vulnérabilité : La Tunisie affiche une dépendance énergétique critique de 65,1 %.
- Social : Le pouvoir d’achat a chuté de 14 % depuis 2022 ; l’épargne est au plus bas.
- Solution : Urgence de pivoter vers une économie de valeur ajoutée (EdTech, digital) pour sortir du piège de la consommation.


