
L’Institut arabe des chefs d’entreprises (IACE) a mis en garde contre le phénomène de “réduflation” (shrinkflation en anglais), (inflation par réduction), pratique commerciale consistant à réduire le volume, la taille ou le poids d’un produit alimentaire ou de grande consommation tout en maintenant, voire en augmentant, son prix de vente, constaté en Tunisie depuis le début du mois de ramadan.
Il ne s’agit pas d’un simple changement d’emballage, mais d’une ” inflation cachée” qui affecte directement le pouvoir d’achat des tunisiens et qui peut avoir des conséquences graves aussi bien sur les consommateurs que sur les entreprises et l’économie en général, a encore souligné l’IACE, dans une note qui vient d’être publiée.
La “réduflation” est particulièrement répandue dans les secteurs de l’alimentation et des boissons, en raison de la facilité de sa mise en œuvre sans que les clients ne s’en aperçoivent, mais elle existe également dans d’autres secteurs, comme l’industrie textile.
“Les consommateurs peuvent ne pas se rendre compte des effets de l’inflation si les prix n’augmentent pas, ce qui permet aux entreprises de continuer à vendre leurs produits sur un marché concurrentiel en réduisant leurs tailles, tout en conservant leurs prix, plutôt que d’arrêter de les vendre en raison de leurs coûts élevés” a expliqué l’IACE.
Toujours selon la même source, la “réduflation” résulte principalement de la hausse des coûts de production, car lorsque les coûts des matières premières augmentent, les entreprises répercutent souvent ces coûts sur les consommateurs en augmentant les prix ou en réduisant la taille du produit tout en maintenant son prix.
Par ailleurs, les entreprises peuvent aussi utiliser la “réduflation” comme stratégie pour conserver leur part de marché. Dans les secteurs très concurrentiels, une augmentation des prix peut inciter les clients à se tourner vers des marques alternatives, mais une modification mineure, telle qu’une réduction limitée de la taille de leurs produits, peut permettre aux entreprises d’améliorer leur rentabilité tout en maintenant des prix compétitifs.
Dans plusieurs pays, dont le Brésil, la Hongrie, la Corée du Sud et la France, des réglementations ont été mises en place pour sensibiliser quant à ce phénomène, en imposant l’obligation d’en informer les consommateurs.
Au niveau national, indique l’institut, le contrôle se limite essentiellement au prix final du produit, car le système de contrôle manque de mécanismes et de cadres juridiques clairs lui permettant de saisir et de surveiller les changements qui affectent les volumes et les poids des produits.
L’IACE soulève ainsi la nécessité pour la Tunisie de développer les mécanismes nécessaires pour renforcer le contrôle et protéger les consommateurs, d’instaurer l’obligation d’informer le consommateur de tout changement du volume ou de la taille d’un produit dont le prix reste inchangé, de lancer des campagnes de sensibilisation destinées aux consommateurs et de mettre en place un système de surveillance régulière du marché afin d’identifier les cas potentiels de “réduflation”.


