Serres hydroponiques modernes en Tunisie sous un soleil radieux.Pour une bonne initiative  devant servir  l’intérêt supérieur du pays, c’en est vraiment une : l’Institut Zitouna de Sfax, en partenariat avec l’Ordre des ingénieurs de Sfax, a organisé, le 29 janvier 2026, un forum régional intitulé « l’agriculture hors sol : un choix stratégique pour la sécurité alimentaire face aux changements climatiques».

Cette thématique ne manque pas d’enjeux lorsqu’on sait que ce type d’agriculture constitue, de nos jours, partout dans le monde, une solution alternative à même d’atténuer, les effets du réchauffement climatique et du stress hydrique structurel auquel sont exposés des pays comme la Tunisie

L’agriculture hors sol, de quoi s’agit t-il ?

Avec la poussée démographique et l’émergence de plus en plus visible du réchauffement climatique, l’image idyllique qu’on s’est faite jusqu’ici de l’agriculture, en l’occurrence, « un tracteur, un grand champ et des vaches qui pâturent », n’est plus d’actualité.

L’urbanisation effrénée, et l’évolution de de la situation économique, écologique et sociétale ont amené les populations à repenser ce modèle d’agriculture dans un contexte de dérèglement climatique, l’ultime objectif étant de garantir l’autosuffisance alimentaire des communautés.

L’agriculture hors sol, dénommée également, hydroponie (culture hydroponique) est retenue comme un des agrosystèmes qui ambitionnent  notamment répondre à la fois au manque de surfaces agricoles, les aléas climatiques et le besoin de production agricole hors-sol. Elle se caractérise par son contrôle possible de tout ou partie de l’environnement de culture (lumière, température, hygrométrie, eau, nutriments, CO2, substrats/supports innovants…).

“L’image idyllique du tracteur et du grand champ n’est plus d’actualité face au dérèglement climatique.”

 

Surtout, elle facilite l’atténuation des effets du changement climatique comme la sécheresse, les inondations ou le gel tardif et est peu gourmande en eau. Certaines fermes hors-sol s’établissent dans des bâtiments réhabilités, des sous-sols ou des toits, ce qui n’occupe pas de nouvelles terres agricoles. Cette installation proche des centres-villes permet une production locale et faible en intrants, qui limite les coûts d’exportation et évite une contamination potentielle des sols.

Chiffres Clés

  • 650 MDT : Investissement total du projet pilote à Gabès.
  • 4 000 : Emplois créés par une seule exploitation de 200 hectares.
  • 10 000 m³ : Capacité journalière de dessalement d’eau pour l’irrigation.
  • 90% : Économie d’eau potentielle par rapport à l’agriculture conventionnelle (suggéré).

Dans le monde, l’agriculture hors sol est particulièrement développée en Chine. Au cœur de Shanghai, la ville la plus peuplée de Chine plus de 27 millions d’habitants, les Chinois ont construit la plus grande ferme urbaine du monde. Cette ferme géante verticale, semblable à un gratte-ciel, cultive 100 hectares de légumes (épinards, choux frisés, cresson, etc.) au cœur de la ville afin de nourrir ses millions d’habitants.

En Tunisie, l’agriculture hors sol, bien qu’elle constitue le levier le plus indiqué pour faire face au stress hydrique, à la salinité des sols et aux effets du réchauffement climatique, est peu développée.

“Le projet Farhat Al Hicha : 650 millions de dinars pour transformer le désert en garde-manger exportateur.”

L’agriculture hors sol est  sous développée en Tunisie

Le pays compte un seul projet pilote lancé par la joint venture tuniso néerlandaise « Farhat Al Hicha » ,implantée dans le gouvernorat de Gabès (sud de Tunisie). L’expertise développée par cette société a été au centre des discussions et débats du forum de L’Institut Zitouna.

D’après des indications fournies au cours de ce forum, le projet s’étend sur plus de 200 hectares de terres domaniales mises à la disposition de la société par l’Etat tunisien selon le mécanisme de la location.

D’un coût total de 650 millions de dinars, l’exploitation sous serre dédiée à la production de tomates cerises est chauffée par des eaux géothermales et approvisionnée pour ses besoins en irrigation par une station de dessalement d’eau de mer. Celle-ci sera dotée d’une capacité de production journalière de 10 000 mètres cubes d’eau douce pour un coût de 100 millions de dinars. Ce projet permettra de créer 4000 emplois et produire annuellement entre 35 000 et 40 000 tonnes de tomates destinées à l’exportation, particulièrement, vers l’Union européenne et les pays du golfe.

“L’agriculture hors-sol n’est plus une option technique, c’est une urgence de sécurité nationale.”

 

Abstraction faite du débat fructueux engagé au cours de forum, nous ne pouvons nous interdire de s’interroger sur le peu d’intérêt qu’accorde les gouvernants à ce type d’agriculture qui engrange de moult avantages pour un pays fortement exposé au stress et au dérèglement climatique. Nous estimons que le moment est le moment pour renverser la situation et accroître le développement de cette agriculture urbaine. Il y va de la sécurité alimentaire du pays.

Abou SARRA

EN BREF

  • Événement : Forum de l’Institut Zitouna à Sfax (janvier 2026).
  • Technologie : Hydroponie (contrôle total des nutriments et de l’eau).
  • Avantage majeur : Très faible consommation d’eau et résilience face au gel/sécheresse.
  • Projet Phare : Farhat Al Hicha à Gabès (40 000 tonnes de tomates/an).
  • Objectif : Atteindre l’autosuffisance alimentaire et booster l’exportation.