
Pendant que la scène internationale voit le protectionnisme américain vaciller sous l’impulsion de sa Cour suprême, la Tunisie se trouve à la croisée des chemins. Entre une gestion monétaire d’une prudence exemplaire et une réforme fiscale du patrimoine qui sème le doute, le pays doit choisir : rester dans une « apnée maîtrisée » ou libérer enfin les leviers de sa croissance structurelle.
La stabilité monétaire : un bouclier qui devient corset
La Banque Centrale de Tunisie (BCT) maintient fermement le cap. Avec un taux directeur inchangé à 7 % et une inflation stabilisée à 4,8 %, le dinar respire. Pourtant, ce calme plat cache une réalité productive plus sombre. Si les réserves de change couvrent 109 jours d’importations, l’économie réelle, elle, suffoque.
Le diagnostic est sans appel : l’effet d’éviction est devenu structurel. En orientant prioritairement le crédit bancaire vers le financement du Trésor, l’État assèche l’investissement privé. Chaque dinar absorbé par la dette publique est un dinar soustrait à l’innovation industrielle. La stabilité, si elle n’est pas suivie d’une relance, risque de devenir le linceul de la prospérité.
L’impôt sur la fortune : l’audace fiscale au risque de la défiance
La grande rupture de 2026 réside dans la mutation de l’impôt immobilier vers une taxation globale du patrimoine (0,5 % entre 3 et 5 millions TND, 1 % au-delà). Si l’intention de justice sociale est affichée, l’exécution technique inquiète. Entre définitions floues de la « valeur réelle » et absence de bouclier fiscal, le signal envoyé aux investisseurs est brouillé.
Les marchés n’ont pas attendu les décrets d’application pour réagir : les ventes massives de SICAV observées fin décembre témoignent d’une érosion de la confiance. Un impôt mal calibré ne remplit pas les caisses ; il organise la fuite des capitaux.
- Tunisie 2026 : Le Piège de la Stabilité ou l’Audace de la “Dette Utile” ?
- Tunisie – Retour sur l’Impôt sur la fortune : Une réforme ambitieuse, confuse et potentiellement explosive
- La Cour suprême brise l’arme tarifaire de la Maison-Blanche : Un séisme pour le commerce mondial
- Réforme urbaine en Tunisie : Vers de nouvelles villes et corridors économiques
- LA TUNISIE QUI GAGNE | TRIIIZA : Comment Jihene Souabni réinvente l’artisanat durable en Tunisie
Les corridors économiques : dessiner la Tunisie de demain
Face à une littoralisation qui asphyxie le pays, le projet présidentiel de corridors économiques et de « smart cities » apparaît comme une nécessité vitale. Relier l’intérieur aux pôles de compétitivité est l’unique clé pour débloquer le potentiel du phosphate et réduire les coûts logistiques des industries de câblage.
Cependant, le concept de ville intelligente ne doit pas être un simple slogan. Sans un cadre de Partenariat Public-Privé (PPP) performant et une intégration massive du solaire, ces infrastructures resteront des chantiers en attente. La question n’est plus de savoir qui construit, mais comment financer sans alourdir une dette stérile.
L’horizon international : une fenêtre de tir à saisir
L’affaiblissement des barrières tarifaires aux États-Unis offre une respiration inattendue. Pour le textile, le câblage automobile et les services IT tunisiens, c’est une opportunité de diversification majeure. Mais cette ouverture mondiale ne sera profitable que si la Tunisie lève ses propres verrous internes. La compétitivité de demain ne se jouera pas sur des accords de libre-échange, mais sur la clarté fiscale et la qualité des infrastructures.
EN BREF
- Stabilité monétaire : Taux directeur maintenu à 7 % et inflation à 4,8 %, mais un investissement privé bridé par l’effet d’éviction.
- Choc fiscal : Introduction d’un impôt global sur le patrimoine (jusqu’à 1 %) créant une incertitude chez les détenteurs de capitaux.
- Aménagement : Priorité aux corridors économiques pour désenclaver l’intérieur et optimiser la logistique industrielle (Phosphate/Câblage).
- Modèles émergents : Succès de l’économie immatérielle et durable (ex: TRIIIZA) comme alternative à forte valeur ajoutée.
- Conjoncture mondiale : Le recul du protectionnisme américain favorise les exportations, à condition de stabiliser le climat des affaires domestique.


