L’INS confirme une croissance annuelle de 2,5 % en 2025, après un quatrième trimestre à 2,7 %. Des chiffres proches des prévisions révisées, mais construits sur des hypothèses jugées par nombre d’observateurs économiques avisés trop optimistes.
Les estimations des comptes nationaux trimestriels montrent que le Produit Intérieur Brut (PIB) en volume, corrigé des variations saisonnières, a progressé de 2,7 % sur un an au quatrième trimestre 2025. En glissement trimestriel, c’est-à-dire par rapport au troisième trimestre, la croissance atteint 1,0 %. Sur l’ensemble de l’année, l’économie tunisienne affiche ainsi une croissance de 2,5 %.
L’INS vient donc d’arrêter le chiffre du T4 à 2,7 %, ce qui conduit à une croissance annuelle de 2,5 %, légèrement en dessous des prévisions révisées du gouvernement (2,6 %). Les premières estimations du projet de budget tablaient pourtant sur 3 % à 3,2 %, avant d’être revues à la baisse en août-septembre.
Une croissance tirée par l’agriculture et l’industrie manufacturière
Selon l’analyse, ces prévisions reposaient sur des hypothèses trop optimistes, notamment en agriculture. Pour atteindre 2,6 %, les projections retenaient une récolte céréalière de 20 millions de quintaux. Or, au 31 août, les chiffres disponibles ne dépassaient pas 12 millions de quintaux, rendant l’objectif difficilement atteignable en quelques mois.
La croissance de 2025 provient essentiellement de l’agriculture, qui se situe autour de 2,9 à 3 %, soit un niveau légèrement supérieur à celui de 2024. Les industries manufacturières contribuent également positivement, contrairement au secteur de l’énergie et de l’extraction minière, qui continue de sous-performer.
Au-delà du taux global, l’enjeu est d’identifier l’origine de la valeur ajoutée. La croissance de 2025 apparaît principalement tirée par la consommation, ce qui constitue un signal préoccupant. Une croissance « consommation‑driven » alimente mécaniquement le déficit commercial et l’inflation, alors que l’idéal serait une croissance portée par l’investissement et les exportations.
- Institut National de la Statistique (INS Tunisie)
- Banque Mondiale – Perspectives économiques pour la région MENA
Des données à approfondir et analyser
Les données sur l’emploi restent à analyser en détail, même si l’INS indique une baisse du chômage au quatrième trimestre par rapport au troisième. L’origine de cette amélioration n’a pas encore été examinée.
Par ailleurs, l’année 2026 démarre avec un déficit commercial encore élevé, même s’il demeure inférieur à celui de janvier 2025. Cette amélioration s’inscrit toutefois dans une logique « d’économie de la pénurie » : la réduction des importations ne reflète pas une dynamique de marché, mais plutôt une raréfaction des produits disponibles.
Limiter les importations ne constitue pas une solution durable. Cela peut freiner l’acquisition de biens d’équipement et de matières premières, essentiels à la production industrielle. L’enjeu est au contraire de booster les exportations, afin que leur progression dépasse celle des importations. Or, la Tunisie ne tire pas encore pleinement parti de son potentiel exportateur.
Dans ce contexte, il est heureux que le pays n’ait pas signé d’accord de libre‑échange avec la Chine, qui vient de supprimer les droits de douane pour la quasi‑totalité des pays africains.
Concernant l’huile d’olive, un paradoxe persiste : la Tunisie exporte à un prix moyen de 3,2 dollars/kg, alors que la moyenne mondiale atteint 3,9 dollars/kg. Cette décote pourrait s’expliquer par la crise de l’année précédente, liée à l’Affaire Abdelaziz Makhloufi, qui a entraîné une chute des prix. Les opérateurs tentent aujourd’hui de remonter la pente.
Une Tunisie résiliente, une croissance fragile
La croissance de 2,5 % en 2025 reste modeste et repose sur des fondations fragiles : une consommation qui alimente les déséquilibres, un investissement insuffisant, des exportations sous‑exploitées et un déficit commercial structurel. Pour transformer ce frémissement en dynamique durable, la Tunisie devra réorienter son modèle vers la production, l’investissement et la montée en gamme de ses exportations.
Amel Belhadj Ali
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EN BREF
- Croissance annuelle : 2,5 % en 2025 (contre 2,6 % prévus par le gouvernement révisé).
- Moteurs : Agriculture (+3 %) et industries manufacturières en tête.
- Points noirs : Sous-performance de l’énergie et des mines ; récolte céréalière décevante (12M de quintaux).
- Risque structurel : Croissance tirée par la consommation, génératrice d’inflation et de déficit.
- Commerce : Réduction du déficit commercial subie par la baisse des importations (« économie de la pénurie »).


