
À la tête de la Chambre nationale des Femmes Cheffes d’Entreprises, Leila Belkhiria œuvre pour une présence plus accrue de l’entrepreneuriat féminin à l’international. Son action, marquée par une énergie constante et une vision structurée, illustre la montée en puissance d’un entrepreneuriat qui ne se contente plus d’exister, mais qui entend transformer durablement l’économie tunisienne.
L’internationalisation comme horizon stratégique
A la CNFCE, l’ouverture internationale n’est pas un luxe, mais une nécessité. L’internationalisation est une « méga-opportunité » qui permet aux entrepreneures tunisiennes d’accéder à des financements, des expertises et des relais locaux dans chaque pays. Grâce à des réseaux comme Interwork ou COMA, la Chambre bénéficie d’une visibilité accrue et d’un accès privilégié à des formations certifiantes et à des partenariats stratégiques.
Chaque fois que Belkhiria siège dans une instance internationale, ce n’est pas son nom qui est mis en avant, mais celui de la Tunisie. Porter le drapeau national dans des organisations regroupant des dizaines de pays est une reconnaissance précieuse, qui confère aux entrepreneures tunisiennes une légitimité nouvelle. La Chambre a d’ailleurs été distinguée deux années de suite comme meilleure organisation patronale pour le développement de l’entrepreneuriat féminin, preuve tangible de son dynamisme et de son efficacité.
Depuis 2016, la CNFCE a contribué à la création d’une fédération regroupant plusieurs associations de femmes entrepreneures africaines et arabes. Une plateforme unique qui favorise l’échange, la collaboration et le renforcement mutuel, consolidant la place des femmes dans l’économie régionale.
Le défi de la représentativité
Malgré ces avancées, la présence des femmes dans les instances de décision reste insuffisante. La présidente de la CNFCE reconnaît que si certaines présidentes siègent à la tête de conseils d’administration ou dans la finance, leur nombre demeure trop limité dans les bureaux exécutifs. Pour elle, il ne s’agit pas d’instaurer des quotas, mais de travailler sur des solutions concrètes : renforcer la formation, encourager la confiance et multiplier les opportunités de visibilité.
Un observatoire sur les postes de décision dans le secteur privé a été cofondé, mais le chemin reste long. Beaucoup de femmes hésitent encore à briguer des responsabilités, doutant de leur légitimité. D’où le rôle de la CNFCE dans leur accompagnement : « Il s’agit de de leur montrer qu’elles disposent des compétences nécessaires et que leur présence inspire les générations suivantes. La visibilité médiatique joue ici un rôle déterminant : voir des femmes occuper des postes stratégiques motive et encourage les autres à franchir le pas ».
Fédérer pour exceller
Ce qui qui fait, aujourd’hui, de la CNFCE une des chambres les plus dynamique de l’UTICA est sa capacité à conjuguer pragmatisme et vision. Elle ne se contente pas de discours : elle multiplie les initiatives concrètes, qu’il s’agisse de formations pratiques, d’ateliers de simulation ou de modules sur des thématiques d’avenir comme l’empreinte carbone et l’internationalisation. Son approche est résolument tournée vers l’action.
Leila Belkhiria, présidente, sait aussi fédérer. Elle a su transformer une organisation perçue au départ comme concurrente en un partenaire crédible et respecté. Son dynamisme se traduit par une présence active dans les réseaux internationaux, mais aussi par une volonté constante de positionner la Chambre comme force de proposition dans les politiques publiques. Chaque fois qu’un ministère sollicite son expertise, elle met à disposition des bases de données, des experts et des points focaux compétents. Cette approche constructive distingue la Chambre : loin des revendications stériles, elle se positionne comme un acteur crédible et utile.
Hedi Djilani, un soutien fondateur
Dans ce parcours, Belkhiria n’oublie pas de rappeler le rôle décisif de Hedi Djilani, ancien président du Patronat. À une époque où les femmes entrepreneures n’avaient pas de visibilité, il a eu le mérite de soutenir leur intégration au sein de l’UTICA. Ce geste fondateur a permis de leur donner une place institutionnelle et d’ouvrir la voie à une nouvelle génération de leaders féminins.
Ce soutien fondateur a permis aux femmes entrepreneures de trouver leur place dans des milieux longtemps dominés par les hommes. Aujourd’hui, cette légitimité est acquise, mais Belkhiria insiste : elle doit être consolidée et amplifiée. Les femmes doivent être pleinement représentées dans les instances de décision et contribuer à la transformation économique du pays.
Un combat toujours en cours
De concurrentes perçues au départ, les femmes entrepreneures tunisiennes sont devenues des partenaires incontournables. Leur impact sur l’emploi et la croissance est réel, leur visibilité progresse et leur intégration dans les réseaux internationaux ouvre des perspectives inédites. Mais le combat continue : renforcer la représentativité dans les lieux de pouvoir, consolider les acquis institutionnels et saisir les opportunités internationales.
Le dynamisme de Leila Belkhiria, son engagement constant et sa capacité à fédérer illustrent la montée en puissance d’un entrepreneuriat féminin qui refuse le statu quo. Pour elle, le message est clair : l’avenir économique de la Tunisie ne peut se construire sans les femmes.
Amel Belhadj Ali
Quel est le rôle de la CNFCE en Tunisie ?
La CNFCE accompagne les femmes cheffes d’entreprises, développe leurs compétences et défend leur représentativité économique.
Pourquoi l’internationalisation est-elle stratégique pour les entrepreneures tunisiennes ?
Elle permet l’accès aux financements, aux formations spécialisées et à des partenariats économiques durables.
Les femmes sont-elles suffisamment représentées dans les instances de décision ?
La représentation progresse, mais reste limitée dans les bureaux exécutifs et les centres de décision stratégique.
L’entrepreneuriat féminin tunisien s’impose comme un acteur structurant de l’économie nationale. Porté par la CNFCE, il s’appuie sur l’internationalisation, les réseaux transnationaux et le renforcement des compétences pour accroître sa représentativité et sa contribution durable à la croissance.


