Inspirée de la maladie transmise par la rouille, l’exposition “Tétanos”, visible du 31 janvier 2025 au 13 février 2026 au centre d’art contemporain, le 32Bis, niché au cœur du centre-ville de Tunis, explore la contamination invisible qui ronge les objets et les mémoires. Refusant l’esthétique des récits officiels, l’artiste Aicha Snoussi leur oppose une matière brute, convulsive et vivante.
Dans ce travail, l’artiste déploie un dispositif continu de redéfinitions, où chaque œuvre révèle un indice à décrypter à travers les trois étages de l’espace. Les trajectoires de ces formes, extraites, réinventées puis réinscrites dans l’archéologie du lieu, composent une palette qui met en examen nos modes d’appréhension. Objets hantés, ni tout à fait muséaux ni véritablement industriels, ils oscillent entre silence et mouvement, entre rigidité et tentative d’inscription ou de dérive. La métaphore de la rouille prend alors la forme d’une transfiguration du temps, modifiant notre perception de ce qui semble immuable dans l’Histoire.
“Tétanos” engage un voyage à travers trois espaces d’exposition, s’appuyant sur un référencement du temps et des lieux où l’objet et l’Histoire sont placés au centre du questionnement. L’artiste compose un scénario vivant où chaque salle devient une séquence et chaque déplacement, un montage.
La fiction se construit ainsi dans les liens visibles entre les œuvres, parfois figées et prêtes à être analysées comme des arrêts sur image.
Aicha Snoussi (née en 1989 à Tunis) est artiste visuelle. Elle vit et travaille entre Sète (France) et Tunis. Son travail interroge la fabrication des récits, l’autorité des savoirs et les dynamiques de pouvoir qui déterminent notre rapport à l’Histoire, depuis ses marges. En mêlant fiction et archive, elle explore la mémoire, les ruines et les effacements afin d’en révéler la charge politique et poétique.
Détournant les outils de l’archéologie, de l’anthropologie et du musée, elle invente un contre-usage des archives, comme autant de gestes de résistance. Le dessin, envisagé comme une forme de prolifération, contamine l’espace visuel et dialogue avec des installations, sculptures et assemblages de matières organiques et industrielles, patiemment collectées et transformées. De cette hybridation naît un langage vivant où se mêlent micro-organismes, mythes et machines, dans une tentative d’imaginer d’autres futurs possibles.
Diplômée des Beaux-Arts de Tunis, Aicha Snoussi a présenté son travail dans de nombreuses galeries, foires et expositions internationales, notamment au Palais de Tokyo, à la Galerie La La Lande, à Menart Fair, Abu Dhabi Art Fair, 1.54 Contemporary Art Fair, Christie’s Paris, au Kobra Museum Amsterdam, à Investec Cape Town Art Fair, Beirut Art Fair, Art Brussels, AKAA Art & Design Fair, à l’Institut du Monde Arabe, au Centre Pompidou-Metz, à la Biennale internationale de sculpture de Ouagadougou ainsi qu’à l’exposition Hirafen. Elle est lauréate du prix SAM pour l’art contemporain et du premier prix de la Fondation Rambourg pour le projet “Underwater”.


