Alors que Fitch Ratings vient de confirmer la note souveraine de la Tunisie à B- avec perspective stable, le débat s’intensifie : s’agit-il d’un véritable signal de résilience ou d’un simple sursis technique ? En s’appuyant sur l’analyse de l’économiste Ridha Chkoundali, nous plongeons au cœur des rouages de la Loi de Finances 2026. Entre l’apparition du nouveau “Recovery Rating”, la vigilance accrue de Moody’s et l’ombre des critères ESG, découvrez pourquoi la Tunisie reste dans une zone de risque élevé malgré une stabilité apparente. Décryptage d’une économie à la croisée des chemins.
Une stabilité relative, fondée sur la loi de finances 2026
Selon Ridha Chkoundali, Fitch ne s’appuie pas sur des promesses mais sur la capacité réelle de l’État tunisien à respecter les équilibres budgétaires et extérieurs inscrits dans la loi de finances 2026. Le maintien de la note à B- reflète une reconnaissance : malgré les pressions, la situation n’a pas empiré au-delà des anticipations de l’agence.
Un risque élevé mais contenu
L’économiste explique que le B- correspond à un risque de crédit élevé. La Tunisie reste en mesure d’honorer ses engagements à condition de maîtriser son déficit, de sécuriser un minimum de financement externe et de préserver un niveau acceptable de réserves en devises.
L’introduction du « Recovery Rating »
Ridha Chkoundali met en avant un élément nouveau : Fitch applique désormais un « recovery rating » (RR4) aux titres de dette souveraine tunisienne. En cas de difficultés de remboursement, les créanciers ne perdraient pas tout, mais ne récupéreraient qu’une partie de leurs fonds, via restructuration ou rééchelonnement.
Vers des solutions alternatives de gestion de la dette
Il rappelle que Fitch évoque la possibilité de transformer une partie de la dette en investissements, permettant aux créanciers de préserver une valeur partielle tout en réduisant la pression sur les réserves en devises et la balance des paiements.
Une lecture prudente des finances publiques
Pour Chkoundali, la loi de finances 2026 reste jugée fragile : besoins de financement élevés, poids des dépenses publiques et incertitude sur la capacité de l’État à respecter ses objectifs sans recourir à des solutions temporaires aggravant les tensions.
La dépendance au financement extérieur
Il insiste sur la sensibilité du rating à l’évolution des réserves en devises. La clarté et la durabilité des sources de financement extérieur sont essentielles pour éviter des pressions sur le dinar et sur les équilibres extérieurs.
Le poids des facteurs ESG
Enfin, Chkoundali note que Fitch accorde une importance croissante aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). Pour la Tunisie, le facteur gouvernance est jugé déterminant : instabilité politique, imprévisibilité des politiques publiques et faiblesse institutionnelle pèsent directement sur la crédibilité budgétaire et la confiance des créanciers.
Une conclusion nuancée
Ridha Chkoundali conclut que la décision de Fitch illustre une situation délicate : la Tunisie échappe à une dégradation immédiate, mais reste enfermée dans une zone de risque élevé. La stabilité du rating dépendra de la capacité de l’État à exécuter son budget, à gérer ses équilibres financiers et extérieurs, et à renforcer la qualité de sa gouvernance dans un contexte régional et international tendu.
Amel BelHadj Ali
L’ESSENTIEL : Ce qu’il faut retenir du duel des agences
Le Constat : La Tunisie entame 2026 avec un répit technique. Fitch Ratings maintient le B- (Perspective Stable), validant la rigueur de la Loi de Finances 2026 et la résistance des réserves de change.
Le Paradoxe : > * Fitch (B-) voit une capacité de paiement préservée mais prévient : l’accès aux marchés reste fermé.
-
Moody’s (Caa2) s’inquiète de la saturation du financement interne et du risque social lié aux réformes.
L’Élément Nouveau : L’introduction du Recovery Rating (RR4) par Fitch. C’est un message clair aux créanciers : “En cas de restructuration, vous récupérerez 30 à 50% de votre mise.” Un filet de sécurité qui acterait presque l’inéluctabilité d’un rééchelonnement à terme.
Le Chiffre Clé : 90 jours. C’est le seuil critique d’importations en devises sous lequel la Tunisie ne doit pas descendre pour éviter une dégradation immédiate vers la catégorie “C” (risque de défaut imminent).
L’avis de l’expert : Pour Ridha Chkoundali, la stabilité actuelle est un “sursis” qui impose de transformer d’urgence la dette en investissements productifs (Swap) pour desserrer l’étau financier.



