
Pourtant, derrière la performance globale se cache une réalité à deux vitesses :
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L’international et le Low-Cost en plein envol : Boostées par les flux vers l’Afrique (+31,8 %) et la percée insolente d’aéroports comme Beauvais (+66 %), les liaisons hors frontières représentent désormais 85 % du trafic.
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Le domestique en chute libre : Pénalisé par l’alternative TGV et la sobriété carbone, le réseau intérieur s’effondre de 21 %.
Ce “décrochage domestique” marque une recomposition profonde de la mobilité française. Alors que les pavillons français gagnent des parts de marché, l’industrie doit désormais arbitrer entre une demande record et des impératifs de décarbonation qui transforment les lignes intérieures en variables d’ajustement.
Le “Trou Noir” Asie-Pacifique : Pourquoi la reprise s’arrête à l’Oural
Si le ciel français exulte, l’horizon oriental reste désespérément bouché. Alors que les flux vers l’Afrique et les Amériques explosent, la zone Asie-Pacifique affiche un retrait de 5% par rapport à 2019. Ce n’est plus une lente convalescence, c’est une anomalie structurelle qui pèse sur la rentabilité des hubs comme Paris-CDG.
1. Le “Mur Russe” : Le handicap compétitif européen
La fermeture de l’espace aérien russe reste le facteur limitant n°1. En obligeant les transporteurs français et européens à contourner la Russie par le Sud, le temps de vol vers Séoul ou Tokyo a bondi de 2 à 3 heures.
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Conséquence directe : Une hausse massive de la consommation de kérosène et des coûts d’exploitation.
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Déséquilibre : Les compagnies chinoises, toujours autorisées à survoler la Sibérie, bénéficient d’un avantage compétitif.
2. Le décrochage chinois et japonais (-30 % à -35 %)
C’est le chiffre le plus alarmant de la note de la DGAC. La Chine (-30,4 %) et le Japon (-34,8 %) ne sont plus les moteurs de croissance qu’ils étaient.
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Côté Chine : Le ralentissement économique intérieur et une stratégie de “tourisme domestique” freinent les départs vers l’Europe.
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Côté Japon : La faiblesse persistante du Yen rend le “produit France” extrêmement coûteux pour les voyageurs nippons, traditionnellement friands de la destination Paris.
3. L’Inde : L’unique lueur d’espoir
À l’opposé de cet axe sino-japonais morose, l’Asie du Sud (portée par l’Inde) commence à compenser une partie des pertes. La montée en puissance des classes moyennes indiennes et le renforcement des liaisons directes entre Paris et Delhi/Mumbai constituent le seul relais de croissance robuste sur la zone.
“Le centre de gravité du trafic long-courrier français bascule de l’Extrême-Orient vers l’Afrique et l’Inde. Si la situation géopolitique avec la Russie s’installe dans la durée, c’est tout le modèle de hub de CDG vers l’Asie qui devra être repensé face à la concurrence des hubs du Golfe (Dubaï, Doha).”
Prévisions Été 2026 : Vers un nouveau plafond de verre ?
L’industrie s’apprête à vivre une saison estivale 2026 sous haute tension. Les premières projections indiquent une croissance de +4 % des capacités de sièges par rapport à l’été dernier, portée par l’ouverture de nouvelles routes vers l’Asie du Sud-Est (notamment le Vietnam et la Thaïlande) pour contourner la saturation des hubs chinois.
Cependant, deux variables pourraient freiner cet élan : l’entrée en vigueur de nouvelles écotaxes européennes sur le kérosène et la gestion des créneaux horaires à saturation sur les plateformes de Nice et Marseille. Si la demande de “loisirs long-courriers” reste le moteur principal, la rentabilité des compagnies françaises dépendra de leur capacité à répercuter la hausse des coûts opérationnels sur le prix des billets sans casser la dynamique record amorcée en 2025.


